Arseni Alexandrovitch Tarkovski (1907–1989) est l’une des grandes voix de la poésie russe du XXe siècle. Né le 25 juin 1907 à Elisavetgrad (aujourd’hui Kropyvnytskyï, en Ukraine), dans une famille cultivée, il grandit dans un environnement où la littérature et la musique occupent une place essentielle.
Très tôt attiré par la poésie, il s’installe à Moscou dans les années 1920 et fréquente les milieux littéraires. Cependant, contrairement à nombre de ses contemporains, Tarkovski ne publie que très peu durant les décennies staliniennes. Sa poésie, exigeante, introspective et peu conforme aux normes du réalisme socialiste, ne trouve pas sa place dans le cadre idéologique officiel. Pour subsister, il se consacre principalement à la traduction, domaine dans lequel il excelle : il traduit notamment des poètes orientaux (turkmènes, arabes, persans), ainsi que des auteurs géorgiens et arméniens, contribuant ainsi à enrichir la culture soviétique d’influences diverses.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’engage comme correspondant de guerre. Il est grièvement blessé en 1943, ce qui entraînera l’amputation d’une jambe — expérience marquante qui nourrit la gravité et la profondeur de son œuvre ultérieure.
Ce n’est qu’à partir des années 1960, dans le contexte du « dégel » post-stalinien, que Tarkovski commence à publier plus largement ses propres poèmes. Son premier recueil important, Перед снегом (« Avant la neige », 1962), révèle au public une poésie d’une grande intensité spirituelle. Son œuvre se caractérise par une méditation constante sur le temps, la mémoire, la nature, la mort et la responsabilité morale de l’homme. Son style, à la fois classique dans sa forme et profondément personnel dans son inspiration, le distingue nettement des tendances dominantes de la poésie soviétique.
Arseni Tarkovski est également connu comme le père du célèbre cinéaste Andreï Tarkovski. Leur relation artistique est profonde : plusieurs poèmes d’Arseni Tarkovski sont intégrés dans les films de son fils, notamment Le Miroir (1975), Stalker (1979) et Nostalgie (1983) où ils contribuent à créer une atmosphère méditative et métaphysique.