Leonid PTCHELKINE
Леонид ПЧЕЛКИН
Leonid PCHELKIN
Russie, 1967, 270mn 
fiction, série
Esquisses pour un portrait de Lénine
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Штрихи к портрету Ленина

 

 Sketches for a portrait of Lenin;

 Shtrikhi k portretu Lenina

 
Réalisation : Leonid PTCHELKINE (Леонид ПЧЕЛКИН)
Scénario : Mikhaïl CHATROV (Михаил ШАТРОВ)
 
Interprétation
Mikhaïl OULIANOV (Михаил УЛЬЯНОВ) ...Lénine
Oleg TABAKOV (Олег ТАБАКОВ) ...Nikolaï Boukharine
Igor KVACHA (Игорь КВАША) ...Sverdlov
Oleg EFREMOV (Олег ЕФРЕМОВ) ...Martov
Anatoli PAPANOV (Анатолий ПАПАНОВ) ...Riazanov
Evgueni EVSTIGNEEV (Евгений ЕВСТИГНЕЕВ) ...Lounatcharski
Piotr CHTCHERBAKOV (Пётр ЩЕРБАКОВ)
Irina MIROCHNITCHENKO (Ирина МИРОШНИЧЕНКО)
 
Images : Youri SKHIRTLADZE (Юрий СХИРТЛАДЗЕ)
Musique : Nikolaï KARETNIKOV (Николай КАРЕТНИКОВ)
Personnage(s) : Vladimir LENINE (Владимир ЛЕНИН)
Production : TO "Ekran"
 
Sites : IMDb, Kinopoisk, Kino-teatr

A noter :
Cette série télévisée en quatre épisodes, tournée entre 1967 et 1970, n'a été diffusée qu'en 1987.

Synopsis
Premier film : « Le vote par appel nominal ». Le film raconte le IVe Congrès extraordinaire des Soviets de Russie, tenu en mars 1918, au cours duquel le traité de paix de Brest-Litovsk a été ratifié, et le discours de Lénine.
Deuxième film : « Une heure et demie dans le bureau de Lénine ». Le film dépeint l'une des périodes les plus dramatiques de la jeune République soviétique, lorsque la rébellion armée socialiste-révolutionnaire perturba le répit nécessaire à l'organisation de l'économie du pays.
Film trois : « L'air du Conseil des commissaires du peuple ». Le film raconte une journée de V.I. Lénine en septembre 1918, lorsque, après une blessure, les médecins l'autorisèrent à travailler. Ce jour-là, V.I. Lénine dicta un article « Sur le caractère de nos journaux » à M.I. Oulianova et rencontra ses camarades.
Film quatre : « La Commune de VKHOUTEMAS ». L'intrigue du film s'inspire du discours de V.I. Lénine au IIIe Congrès panrusse de l'Union de la Jeunesse communiste russe et de la visite de V.I. Lénine et de N.K. Kroupskaïa aux Ateliers supérieurs d'art et de technique d'État.
 

Commentaires
 
La revue « Etudes soviétiques », dans son numéro 469 d’août 1987, a publié un article d’Alexandre Egorov intitulé « Esquisses pour un portrait de Lénine » dont nous reproduisons ci-dessous de très larges extraits :

« Pendant vingt ans quatre films du cycle « Esquisses pour un portrait de Lénine » d’après le scénario de Mikhaïl Chatrov sont restés sur les étagères. Un jour, ordre a même été donné de les détruire, mais les films ont été sauvés ... A présent les films sont passés à la télévision et le « tout Moscou » en discute. ...Les films ont pu apporter leur contribution au travail de refonte qui s’opère dans le pays, car la position de son auteur – honnête, ouverte, historiquement authentique – les a rendus éminemment actuels.

Ces films montrent Lénine dans une lutte politique acharnée non seulement contre les ennemis jurés mais aussi, parfois, en désaccord avec ses compagnons d'idées ou, plus souvent, avec des compagnons de route, alliés provisoires dont chacun avait ses propres convictions et jouissait d'autorité : Spiridonova, Kamkov, Martov, Kollontaï, Boukharine.

« Nous n'avons pas besoin de noms pareils pour notre Histoire » a-t-on déclaré au moment de l'interdiction des films. On craignait, certes, non pas tant les noms en question mentionnés dans le manuel d'histoire du parti que l'ampleur de leur polémique avec Lénine présentée à l'écran. On redoutait la clarté dénuée de toute exagération qui permettait de voir dans les contradicteurs de Lénine des personnes ayant leur opinion, plus bornée il est vrai, mais inspirée de la réalité complexe de la révolution. Leurs opinions ont poussé certains d'entre eux dans le camp ennemi tandis que d'autres ralliaient Lénine.

Nous avons absolument besoin de cette vision de l'histoire et de cette analyse et interprétation artistique de ses contradictions pour comprendre la logique du processus révolutionnaire, ainsi que pour avoir une position claire dans la polémique actuelle avec nos adversaires idéologiques qui, comme à l'époque du Traité de paix de Brest (signé en 1918 et qui enleva à la Russie Soviétique une partie de son territoire et la contraignit a verser une contribution financière NDLR) et de la NEP (la nouvelle politique économique permit un certain développement d'éléments capitalistes tout en conservant à l'État soviétique ses leviers de commande de l'économie. Elle fut adoptée en 1921 NDLR) jubilent en affirmant que les « bolcheviks battent en retraite ». Nous avons également besoin dans nos controverses internes avec ceux qui croient sincèrement que la restructuration économique porte atteinte aux fondements du socialisme. Une exagération ? Pas du tout. Car il s'agit là du même extrémisme révolutionnaire que Lénine réprouvait avec tant de conviction.

Cette idée est suggérée dès le premier film du cycle « Le vote par personnes » évoquant la polémique qui surgit autour du Traité de paix de Brest. Les trois autres films, mi-artistiques mi-documentaires, chargés de la même énergie, incitent également à la réflexion. Le film « Une heure et demie dans le cabinet de Lénine » reproduit la situation dramatique de la rupture définitive avec les socialistes révolutionnaires de gauche (après l'assassinat de Mirbarch, ambassadeur d'Allemagne en Russie et à la veille de la rébellion de juillet). « l'air du Sovnarkom » fait sentir l'atmosphère étonnante du travail extraordinairement bien organisé des bolcheviks. Le film final « la commune Vkhoutémas » évoque la rencontre de Lénine avec des jeunes artistes révolutionnaires

Les censeurs des films étaient choqués, entre autres, par la franchise de l'attaque lancée dans « l'air du Sovnarkom » contre le culte de la personnalité en tant que phénomène provoquant, probablement, les plus importantes altérations de la doctrine et de la pratique socialistes

Après une longue maladie consécutive à l'attentat de Kaplan, les médecins autorisent Lénine à reprendre son travail. Il lui tarde de retrouver son cabinet et la salle des réunions du Sovnarkom (Conseil des Commissaires du Peuple). Une seule chose freine son entrain : partout il constate une attention excessive pour sa santé et sa personne…

Modestie ? Eh bien, cessons d’évoquer uniquement la modestie, car il s'agit là aussi d'une chose autrement plus importante.
Pour le marxisme le refus de glorifier telle ou telle personnalité, un « héros » est une question de principe. Lénine était évidemment conscient de son rôle et de son autorité dans le pays et le peuple, mais il comprenait que la tendance au culte des chefs propre à la conscience russe et qui prenait ses racines dans la vénération séculaire du tsar devaient être rejetée par le parti révolutionnaire en tant qu’entrave à la créativité des masses, unique moteur sûr du progrès...

Les récidives de la psychologie de l'époque du culte de la personnalité sont vivaces en dépit même de l'atmosphère de refonte. Certains chefs continuent à couper la parole à leurs subordonnés lors d'une réunion tandis que tout le monde garde le silence. je ne comprends pas non plus pourquoi on voit apparaître sur l'écran, dans le nouveau film « Koriolov », sur le constructeur général des vaisseaux spatiaux, un majestueux Staline en uniforme de généralissime, accueillant des savants. Il ne s'agit pas d'éluder, bien entendu, ce nom, comme on a déjà éludé ou même noirci des dizaines d'autres, mais en en faire un attribut des scènes glorieuses ne vaut guère mieux. Staline comprenait certes, l'importance du progrès technique mais, de ce contexte pathétique il n'y a qu'un pas à faire jusqu'aux « aigles de Staline » jusqu'à l'« artillerie de Staline » et la « conquête staliniste de la nature » (on sait ce que nous a coûté cette dernière).

Nous serions-nous écartés de notre sujet, celui de « l'air du Sovnarkom » ? Mais non, puisque c'est le film qui nous incite à des réflexions de ce genre. On peut me reprocher, certes, de trop louer – oh, cette manie du culte !- cette œuvre honnête indispensable et dans un certain sens, novatrice, les défauts artistiques y étant non moins évidents que les mérites. On y voit, par exemple, des images trop pâles de certains personnages historiques qui mériteraient une meilleure interprétation. Celle d'Evguéni Evstignéev, qui joue le rôle de Lounatcharski, frappe par sa dissemblance physique. En même temps, si les films ne possédaient pas des mérites artistiques, ils ne mériteraient pas qu'on en parle malgré l'actualité de leurs thèmes. Or, leurs mérites sont évidents. Le réalisateur Léonide Ptchiolkine, a su à quelques acceptions près, obtenir une interprétation intelligente et authentique. On sent des acteurs se passionner pour les problèmes qu’ils traitent de la même façon que dans les spectacles d’après les pièces de Chatrov. On distingue particulièrement Oleg Tabakov (Boukharine), Oleg Efremov (Markov) et Igor Kvacha (Sverdlov). Oulianov dans le rôle de Lénine est excellent et mériterait qu’on lui consacre un article. »
Alexandre Egorov, Études Soviétiques, N°469, août 1987.

Sélections dans les festivals ou événements :
- Lénine dans le cinéma russe et soviétique, (kinoglaz.fr), 2025

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