A propos des victimes de la guerre du Vietnam, sur une musique de Schubert.
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"... Ave Maria (1972) d’Ivan Ivanov-Vano, un titre qui
pourrait surprendre, mais même la période stalinienne a utilisé, dans le conflit
qui opposait l’URSS aux nazis, la Vierge comme figure apotropaïque, comme si
le pays conservait malgré tout quelques traces de la pensée byzantine sur l’image.
La mélodie de Gounod se dévide sur un fond d’icônes qui rappelle le style habituel
d’Ivanov-Vano : celles-ci, symboles de la Russie, s’opposent à la figuration de
l’impérialisme américain. On retrouve une dominante de brun et de rouge, qui
évoque les pigments de l’icône, mais aussi le sang ou les drapeaux. La composition en
frise, avec des mouvements latéraux, ressortit au style personnel du réalisateur, ancré
dans la picturalité et la théâtralité. Des explosions suggèrent un climat de guerre.
Une voix de femme récite un poème mettant en cause, de façon métaphorique et
allusive, l’action des bombardiers américains. Peu à peu, le contexte du conflit se
précise, avec l’image d’une petite fille, tuée par un soldat ennemi, qui meurt en
étreignant sa poupée et que le film érige en icône. La fin l’associe à celle de la Vierge,
à travers un plan qui la montre reposant dans les bras de celle-ci. La fillette symbolise
les victimes innocentes de la guerre du Vietnam. La deuxième partie du film, très
explicite, présente des images d’actualités de l’époque montrant des manifestations
anti-américaines..." Marion Poirson-Dechonne, Soïouzmoultfilm : l’excellence
au service de la propagande ?, À l'Est de Pixar Slovo, 2019.