Stanislav GOVOROUKHINE
Станислав ГОВОРУХИН
Stanislav GOVORUKHIN
Russie, 2015, 95mn 
fiction
La Fin d'une magnifique époque
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Конец прекрасной эпохи

 

 The End of a beautiful epoch

 Konets prekrasnoï epokhi

 
Réalisation : Stanislav GOVOROUKHINE (Станислав ГОВОРУХИН)
Scénario : Stanislav GOVOROUKHINE (Станислав ГОВОРУХИН)
D'après le récit de Sergueï Dovlatov « Le Compromis »
 
Interprétation
Ivan KOLESNIKOV (Иван КОЛЕСНИКОВ)
Svetlana KHODTCHENKOVA (Светлана ХОДЧЕНКОВА)
Fiodor DOBRONRAVOV (Федор ДОБРОНРАВОВ)
Boris KAMORZINE (Борис КАМОРЗИН)
Dmitri ASTRAKHAN (Дмитрий АСТРАХАН)
Dmitri ENDALTSEV (Дмитрий ЕНДАЛЬЦЕВ)
Sergueï GARMACH (Сергей ГАРМАШ)
Tõnu KARK (Тыну КАРК)
Elina PÄHKLIMÄGI (Элина ПЯХКЛИМЯГИ)
Aleksandr ROBAK (Александр РОБАК)
Lembit ULFSAK (Лембит УЛЬФСАК)
 
Images : Guennadi KARIOUK (Геннадий КАРЮК)
Décors : Valentin GUIDOULIANOV (Валентин ГИДУЛЯНОВ), Natalia MONEVA (Наталья МОНЕВА)
Musique : Artiom_2 VASSILIEV (Артем_2 ВАСИЛЬЕВ)
Montage : Natalia SCHMIDT (Наталья ШМИДТ)
Produit par : Stanislav GOVOROUKHINE (Станислав ГОВОРУХИН), Ekaterina MAKSINA (Екатерина МАСКИНА)
Production : ООО Киностудия "Вертикаль" / Company Film Studio Vertical
Recettes en Russie : 0.2306 million(s) de dollars
Spectateurs : 63 000
Date de sortie en Russie : 01/10/2015
 
Sites : Kino-teatr, IMDb

Prix et récompenses :
Meilleure réalisation Prix de l'Aigle d'or, Moscou (Russie), 2016
Meilleur second rôle masculin Dmitri ASTRAKHAN , Prix de l'Aigle d'or, Moscou (Russie), 2016
Meilleure réalisation Stanislav GOVOROUKHINE , Prix "NIKA", Moscou (Russie), 2016
Meilleure image Guennadi KARIOUK , Prix "NIKA", Moscou (Russie), 2016
Meilleure réalisation Prix de l'Aigle d'or, Moscou (Russie), 2016
Meilleur second rôle masculin Dmitri ASTRAKHAN , Prix de l'Aigle d'or, Moscou (Russie), 2016

Synopsis
Andreï Lentoulov, jeune journaliste et écrivain, connu pour la spontanéité et la liberté de ses opinions, pour son franc-parler, se voit proposer de déménager de Leningrad à Tallinn pour travailler au journal local. Là, Andreï cède à une aventure pleine de contradictions avec la rédactrice Marina, se lance dans d’innombrables liaisons sans lendemain, mais surtout livre une violente résistance au système. Comment le rebelle, le chéri des femmes et le « collaborateur le plus immoral » va-t-il lutter contre la pire des censures, la filature et la tartuferie, et qui sortira vainqueur de cette lutte contre le système ?
http://www.cinema-russe-paris.com/
 

Commentaires
 
Sous l'expression "époque magnifique" l'auteur entend ces dix années riches en événements qui ont suivi la mort du guide. Ce faisant l'auteur prononce le mot "magnifique" avec une certaine ironie car durant cette décennie il y avait bien sûr de tout : du bon et du mauvais. Et cependant quelle époque c'était! Que de grandes espérances elle recélait! Quel sentiment qu'une grande fête approchait!... Que d'événements! Souvenez vous!... Le vingtième congrès... Le premier spoutnik! ... Un homme dans l'espace!... Pour reprendre les mots de Pouchkine "Comme les coeurs des gens battaient fort en entendant le mot "patrie".
Et le miracle de l'art! Partout, soudain, une littérature formidable!... Une brillante pléiade de poètes!... De nouveaux théâtres... De grands films!...

Sélections dans les festivals ou événements :
- Journées du film russe à Ajaccio, Ajaccio (France), 2018
- Quinzaine du cinéma russe à Strasbourg, Strasbourg (France), 2017
- Festival de cinéma russe de Niort, Niort (France), 2017
- Festival de cinéma russe au Toursky à Marseille, Marseille (France), 2017
- Festival du cinéma russe à Nice, Nice (France), 2016
- Festival de l'art russe à Cannes, Cannes (France), 2016
- Prix des opérateurs "Carré Blanc", Moscou (Russie), 2016
- Festival international du film sur les droits de l'homme "Stalker", Moscou (Russie), 2016
- Prix "NIKA", Moscou (Russie), 2016
- Prix de l'Aigle d'or, Moscou (Russie), 2016
- Semaine de cinéma russe à Berlin, Berlin (Allemagne), 2015
- Semaine du nouveau cinéma russe à Paris : Regards de Russie, Paris (France), 2015
- Semaine du nouveau cinéma russe à Monaco : "Regards de Russie", Monaco (France), 2015
- Festival ouvert de cinéma russe Kinotavr, Sotchi (Russie), 2015

Images, vidéos, textes
 




Стихотворение Иосифа Бродского, написанное в 1969 году, название которого режиссёр выбрал в качестве названия своего фильма
Poème de Joseph Brodsy, écrit en 1969, dont le titre a été choisi par le réalisateur comme titre de son film
A poem by Joseph Brodsky, written in 1969, whose title was chosen by the director as the title of his film

Конец прекрасной эпохи / Fin d’une belle époque / The End of a Beautiful Era
Русский Français English
Потому что искусство поэзии требует слов,
я — один из глухих, облысевших, угрюмых послов
второсортной державы, связавшейся с этой, —
не желая насиловать собственный мозг,
сам себе подавая одежду, спускаюсь в киоск
за вечерней газетой.

Ветер гонит листву. Старых лампочек тусклый накал
в этих грустных краях, чей эпиграф — победа зеркал,
при содействии луж порождает эффект изобилья.
Даже воры крадут апельсин, амальгаму скребя.
Впрочем, чувство, с которым глядишь на себя, —
это чувство забыл я.

В этих грустных краях все рассчитано на зиму: сны,
стены тюрем, пальто; туалеты невест — белизны
новогодней, напитки, секундные стрелки.
Воробьиные кофты и грязь по числу щелочей;
пуританские нравы. Белье. И в руках скрипачей —
деревянные грелки.

Этот край недвижим. Представляя объем валовой
чугуна и свинца, обалделой тряхнешь головой,
вспомнишь прежнюю власть на штыках и казачьих нагайках.
Но садятся орлы, как магнит, на железную смесь.
Даже стулья плетеные держатся здесь
на болтах и на гайках.

Только рыбы в морях знают цену свободе; но их
немота вынуждает нас как бы к созданью своих
этикеток и касс. И пространство торчит прейскурантом.
Время создано смертью. Нуждаясь в телах и вещах,
свойства тех и других оно ищет в сырых овощах.
Кочет внемлет курантам.

Жить в эпоху свершений, имея возвышенный нрав,
к сожалению, трудно. Красавице платье задрав,
видишь то, что искал, а не новые дивные дивы.
И не то чтобы здесь Лобачевского твердо блюдут,
но раздвинутый мир должен где-то сужаться, и тут —
тут конец перспективы.

То ли карту Европы украли агенты властей,
то ль пятерка шестых остающихся в мире частей
чересчур далека. То ли некая добрая фея
надо мной ворожит, но отсюда бежать не могу.
Сам себе наливаю кагор — не кричать же слугу —
да чешу котофея…

То ли пулю в висок, словно в место ошибки перстом,
то ли дернуть отсюдова по морю новым Христом.
Да и как не смешать с пьяных глаз, обалдев от мороза,
паровоз с кораблем — все равно не сгоришь от стыда:
как и челн на воде, не оставит на рельсах следа
колесо паровоза.

Что же пишут в газетах в разделе «Из зала суда»?
Приговор приведен в исполненье. Взглянувши сюда,
обыватель узрит сквозь очки в оловянной оправе,
как лежит человек вниз лицом у кирпичной стены;
но не спит. Ибо брезговать кумполом сны
продырявленным вправе.

Зоркость этой эпохи корнями вплетается в те
времена, неспособные в общей своей слепоте
отличать выпадавших из люлек от выпавших люлек.
Белоглазая чудь дальше смерти не хочет взглянуть.
Жалко, блюдец полно, только не с кем стола вертануть,
чтоб спросить с тебя, Рюрик.

Зоркость этих времен — это зоркость к вещам тупика.
Не по древу умом растекаться пристало пока,
но плевком по стене. И не князя будить — динозавра.
Для последней строки, эх, не вырвать у птицы пера.
Неповинной главе всех и дел-то, что ждать топора
да зеленого лавра.

1969
Parce que l’art de la poésie exige des mots,
je suis l’un de ces sourds, chauves, moroses ambassadeurs
d’une puissance de second ordre, liée à celle-ci —
ne voulant pas violenter mon propre cerveau,
me servant moi-même, je descends au kiosque
acheter le journal du soir.

Le vent chasse les feuilles. La faible lueur des vieilles ampoules
dans ces contrées tristes, dont l’épigraphe est la victoire des miroirs,
avec l’aide des flaques, produit un effet d’abondance.
Même les voleurs dérobent des oranges en grattant l’amalgame.
Quant au sentiment avec lequel on se regarde soi-même —
je l’ai oublié.

Dans ces contrées tristes, tout est calculé pour l’hiver :
les rêves, les murs des prisons, les manteaux ; les toilettes des mariées —
blancheur de Nouvel An ; les boissons, les aiguilles des secondes.
Pulls couleur moineau et boue selon le nombre d’alcalis ;
mœurs puritaines. Le linge. Et dans les mains des violonistes —
des chaufferettes en bois.

Cette contrée est immobile. Représentant la masse totale
de fonte et de plomb, on secoue la tête, abasourdi,
se souvenant de l’ancien pouvoir, sur baïonnettes et knouts cosaques.
Mais les aigles se posent, comme attirés par un aimant, sur ce mélange de fer.
Même les chaises tressées tiennent ici
par des boulons et des écrous.

Seuls les poissons dans les mers connaissent le prix de la liberté ;
mais leur silence nous contraint comme à créer nos propres
étiquettes et caisses. Et l’espace se dresse comme un tarif.
Le temps est créé par la mort. Ayant besoin de corps et de choses,
il en cherche les propriétés dans les légumes crus.
Le coq écoute les carillons.

Vivre à l’époque des accomplissements, avec un caractère élevé,
est malheureusement difficile. En relevant la robe d’une belle,
on voit ce qu’on cherchait, et non de nouveaux miracles.
Ce n’est pas qu’on observe ici strictement Lobatchevski,
mais le monde dilaté doit bien se resserrer quelque part — et ici,
ici finit la perspective.

Ou bien la carte de l’Europe a été volée par les agents du pouvoir,
ou bien les cinq sixièmes du monde restant
sont trop éloignés. Ou bien quelque bonne fée
jette un sort sur moi, mais je ne peux fuir d’ici.
Je me verse moi-même du cahors — je ne vais pas appeler un domestique —
et je gratte mon matou…

Ou bien une balle dans la tempe, comme un doigt sur une erreur,
ou bien partir d’ici par la mer en nouveau Christ.
Et comment ne pas confondre, dans l’ivresse, étourdi par le gel,
une locomotive et un navire — de toute façon on n’en rougira pas :
comme un esquif sur l’eau, elle ne laissera pas de trace sur les rails,
la roue de la locomotive.

Que disent les journaux dans la rubrique « Tribunal » ?
La sentence a été exécutée. En regardant ici,
le bourgeois verra, à travers ses lunettes à monture d’étain,
un homme gisant face contre terre près d’un mur de briques ;
mais il ne dort pas. Car les rêves ont le droit
de dédaigner un crâne percé.

La clairvoyance de cette époque plonge ses racines dans ces temps
incapables, dans leur cécité générale,
de distinguer ceux tombés du berceau de ceux tombés avec le berceau.
Le peuple aux yeux blancs ne veut pas regarder au-delà de la mort.
Dommage, les soucoupes sont pleines, mais il n’y a personne pour faire tourner la table,
pour te demander des comptes, Riourik.

La clairvoyance de ces temps est une clairvoyance des choses sans issue.
Il ne sied pas, pour l’instant, de s’épancher en pensées comme un arbre,
mais plutôt de cracher sur le mur. Et réveiller non pas un prince — mais un dinosaure.
Pour la dernière ligne, hélas, on n’arrache pas une plume à l’oiseau.
À la tête innocente, toute affaire est d’attendre la hache
et le laurier vert.
Because the art of poetry requires words,
I am one of those deaf, balding, gloomy ambassadors
of a second-rate power tied to this one —
unwilling to strain my own brain,
serving myself, I go down to the kiosk
to buy the evening paper.

The wind drives the leaves. The dim glow of old bulbs
in these sad lands, whose epigraph is the triumph of mirrors,
with the help of puddles produces an effect of abundance.
Even thieves steal oranges, scraping the amalgam.
As for the feeling with which one looks at oneself —
that feeling I have forgotten.

In these sad lands, everything is calculated for winter:
dreams, prison walls, overcoats; brides’ dresses —
New Year whiteness; drinks, second hands.
Sparrow-colored sweaters and mud in proportion to alkalis;
puritan morals. Linen. And in violinists’ hands —
wooden warmers.

This land is motionless. Representing the total mass
of cast iron and lead, one shakes one’s head in stupor,
recalling former power on bayonets and Cossack whips.
But eagles settle, like magnets, on this iron mixture.
Even wicker chairs are held here
by bolts and nuts.

Only fish in the seas know the price of freedom; yet their
silence compels us to create our own
labels and cash registers. And space sticks out like a price list.
Time is created by death. Needing bodies and things,
it searches their properties in raw vegetables.
The rooster listens to the chimes.

To live in an age of achievements, possessing a lofty nature,
is, unfortunately, difficult. Lifting a beauty’s dress,
you see what you sought, not new wondrous marvels.
It’s not that Lobachevsky is strictly observed here,
but the expanded world must narrow somewhere — and here,
here perspective ends.

Either agents of power have stolen the map of Europe,
or the five-sixths of the remaining parts of the world
are too far away. Or some kind fairy
casts a spell on me — yet I cannot escape from here.
I pour myself some Cahors — I won’t call a servant —
and scratch my tomcat…

Either a bullet to the temple, like a finger on an error,
or to depart from here across the sea as a new Christ.
And how not to confuse, in drunkenness, stunned by frost,
a locomotive with a ship — in any case one won’t burn with shame:
like a skiff on water, it will leave no trace on rails,
the locomotive’s wheel.

What do the newspapers write in the “Courtroom” section?
The sentence has been carried out. Looking here,
the common man will see through tin-framed glasses
a man lying face down by a brick wall;
yet he is not asleep. For dreams have the right
to disdain a perforated skull.

The sharp-sightedness of this era has roots in times
incapable, in their general blindness,
of distinguishing those who fell from cradles from cradles that fell.
The white-eyed folk do not wish to look beyond death.
A pity: the saucers are full, yet there’s no one to spin the table
to demand an account from you, Rurik.

The sharp-sightedness of these times is a sharp-sightedness of dead ends.
It is not fitting, for now, to let one’s mind spread like a tree,
but rather to spit against the wall. And to awaken not a prince — but a dinosaur.
For the final line, alas, one cannot pluck a feather from a bird.
For an innocent head, the only task is to await the axe
and the green laurel.