Boris IVTCHENKO
Борис ИВЧЕНКО
Boris IVCHENKO
URSS (Ukraine), 1968, 89mn 
Noir et blanc, fiction
Annytchka
▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪

Аннычка

 

 Annychka

 Annychka

 
Réalisation : Boris IVTCHENKO (Борис ИВЧЕНКО)
Scénario : Boris IVTCHENKO (Борис ИВЧЕНКО), Boris ZAGOROULKO (Борис ЗАГОРУЛЬКО)
 
Interprétation
Ivan GAVRILIOUK (Иван ГАВРИЛЮК) ...Ivanko
Grigore GRIGORIU (Григоре ГРИГОРИУ) ...Andreï
Ivan MIKOLAITCHOUK (Иван МИКОЛАЙЧУК) ...Roman Deritch
Lioubov ROUMIANTSEVA (Любовь РУМЯНЦЕВА)
Konstantin STEPANKOV (Константин СТЕПАНКОВ) ...Gazda Kmets
 
Images : Nikolaï KOULTCHITSKI (Николай КУЛЬЧИЦКИЙ)
Décors : Valeri NOVAKOV (Валерий НОВАКОВ)
Musique : Vadim GOMOLIAKA (Вадим ГОМОЛЯКА)
Production : Studio Dovjenko
 

Synopsis
L'action se situe en 1943. Annytchka découvre dans la forêt un partisan soviétique blessé. Elle le cache le soigne et en devient amoureuse. Elle rejette son fiancé devenu policier collaborateur et décide de rejoindre les partisans avec son nouvel amoureux. Son père, furieux, la tue.
 

Commentaires et bibliographie
 
Film dramatique apportant la composante romantique au courant de l’École poétique de Kiev, Annytchka est aussi l’histoire de deux amis, le pauvre Ivanko (Ivan Havrylouk) et le policier Roman Derytch (Ivan Mykolaїtchouk), tout deux amoureux d’Annytchka (Loubov Roumiantseva). L’action se déroule en 1943, lorsque les partisans de Kovpak effectuent un raid dans les Carpates. Pendant la fête de la moisson, Ivanko et Roman décident de régler leur différend à la loyale en exécutant l’arkane, une danse houtsoule endiablée. Le vainqueur de ce duel acrobatique pourra espérer les faveurs de la jeune fille. Mais les événements se précipitent et prennent une autre tournure. Ivanko rejoint dans la montagne les partisans communiste. Roman devient collabo. Lors d’un banquet organisé par le nationaliste Kroupiak (Boryslav Brondoukov) en l’honneur d’officiers allemands, il reçoit même la Croix de fer pour sa fidélité au Reich. Kroupiak a la monstrueuse idée de faire danser les partisans capturés sur une estrade jonchée de tessons de bouteille. Parce qu’ils refusent de danser pieds nus, ils sont exécutés sur le champ, sauf Ivanko qui accepte le défi. Dardant son regard sur Roman, il danse pour Annytchka. Mais, comme pour ses camarades, l’estrade a été dressée pour son exécution. Envahi par les remords, Roman regrette sa conduite. Rien n’apaisera sa conscience, pas même son union avec Annytchka. Lors de la danse nuptiale, selon la coutume, un garçonnet lui jette une assiette décorée qui se brise. La mélodie du cymbalum se transforme progressivement en tintement de verre pilé qui lui déchire les tympans. La mise à mort d’Ivan le hante.
Tourné dans les Carpates, Annytchka est le premier long métrage de Boris Ivtchenko, réalisateur qui disparaîtra très tôt en 1990. Fils du metteur en scène de théâtre et de cinéma Victor Ivtchenko, le jeune cinéaste a hérité de son père la manière de traiter les thèmes sensibles, tels la collaboration, la forfaiture, le nationalisme, en centrant l’action sur l’héroïsme féminin. Que ce soit dans Ivanna (1959, film de V. Ivtchenko) ou dans Annytchka, les jeunes femmes initialement peu concernées par les problèmes de société finissent par s’y impliquer. Boris Ivtchenko admettra plus tard que les images de son film étaient volontairement négatives parce qu’elles se rapportaient à une période douloureuse de l’Histoire, souvent noircie par esprit de conformité idéologique. Des deux versions de la scène finale – le suicide et la folie de Roman - il choisit la seconde, plus dure et plus tragique. Mykolaїtchouk est si bien entré dans la peau de son personnage que, déjà pendant le tournage, il est apostrophé et qualifié de nationaliste ukrainien. À Kiev, il est immédiatement catalogué comme opposant à l’idéologie communiste. À l’instar de ses confrères, Boris Ivtchenko connaît lui aussi ses premières difficultés avec les autorités qui ne cachent pas leur agacement de voir les cinéastes camper dans les Carpates, désormais leur repère favori. Par ailleurs, le néophyte impose d’emblée sa méthode de filmer dans l’ordre chronologique du découpage, pour coller, selon lui, au plus près de la contexture du réel et de la vérité. Cette méthode, qui fait fi de tout plan de travail, est décriée par le directeur de production qui menace le jeune débutant de lui adjoindre un superviseur, voire d’arrêter la production du film. Mais au vu des rushes, le résultat surprend par la primeur et l’originalité du scénario et, surtout, par la performance artistique du jeune premier Ivan Havrylouk. Sacré vedette de l’écran, ce dernier sera suspecté néanmoins de sympathie bandériste. L’Âme de pierre, le nouveau scénario de Boris Ivtchenko écrit avec Mykolaїtchouk, sera refusé en première lecture.
Lubomir Hosejko

Sélections dans les festivals :
- Festival des archives du cinéma russe "Belye Stolby", Belye Stolby (Russie), 2009
- Festival international du film "Molodist", Kiev (Ukraine), 2008

Images et vidéos