Nikolaï CHENGUELAIA
Николай ШЕНГЕЛАЯ
Nikolay SHENGELAIA
URSS (Géorgie), 1928, 84mn 
Noir et blanc, muet, fiction
Elisso
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Элисо

 

 Eliso

 Eliso

 
Réalisation : Nikolaï CHENGUELAIA (Николай ШЕНГЕЛАЯ)
Scénario : Sergueï TRETIAKOV (Сергей ТРЕТЬЯКОВ)
D'après un récit éponyme d'Alekasndr Kazbegui
 
Interprétation
Kira ANDRONIKACHVILI (Кира АНДРОНИКАШВИЛИ)
Aleksandr IMEDACHVILI (Александр ИМЕДАШВИЛИ)
Aleksandr JORJOLIANI (Александр ЖОРЖОЛИАНИ)
Kokhta KARALACHVILI (Кохта КАРАЛАШВИЛИ)
Tsetsilia TSOUTSOUNAVA (Цецилия ЦУЦУНАВА)
 
Images : Vladimir KERESSELIDZE (Владимир КЕРЕСЕЛИДЗЕ)
Décors : D. CHEVARNADZE (Д. ШЕВАРНАДЗЕ)
Musique : Iona TOUSKIA (Иона ТУСКИЯ)
Production : Gokinprom-Géorgie
 

A noter :
Sonorisé en 1935 avec le concours du réalisateur Vassili Donenko

Synopsis
Le film se situe vers les années 1860 où le gouvernement tsariste russe se hâte de russifier les territoires conquis sur la Turquie en y transplantant, le plus souvent de force des Tcherkesses. Mais un village tranquille, Verdi, refuse de se laisser faire. Les habitants opposent une résistance passive contre laquelle il est difficile d’employer les armes. Alors les provocateurs entrent en jeu : ils proposent aux habitants du village d'écrire une pétition au général, demandant de ne pas transplanter le village. Mais ils traduisent cette pétition du tcherkesse en russe et la transforment en pétition pour la transplantation. Et ils transplantent « selon le désir, de plein gré ». Mais Elisso, fille du doyen, met le feu au village qui dès lors n'est plus à personne.
 

Commentaires et bibliographie
Les origines du cinéma soviétique : un regard neuf, Myriam TSIKOUNAS, Cerf, 1992
 
"Au début on voit marcher des personnages avec de fausses barbes, des officiers et des cosaques d'allure bestiale.
On dit que Elisso est un bon film !
Le spectateur est déjà prêt à se mettre en colère, à crier que tout ici est peu soigné, négligé, mauvais. Mais il n'a pas le temps de le faire. De ces morceaux sciemment négligés, sort, avec une gradation insensible, un film sincère, émouvant, talentueux.
Lorsque le héros, au quartier général, dans une bagarre incroyable (tout à fait Douglas Fairbanks dans Le Signe de Zorro) où il renverse un grand nombre d'adversaires, reste seul avec « le plus important » à qui il répète, entêté : «Ecris, je te dis ». Le spectateur croit déjà au film. Tout de suite après cet épisode « tour de force », tous les événements acquièrent un grand relief et une profonde concentration. Les libertés cinématographiques ne gênent plus. Le réalisateur à l'esprit ingénieux dans les moments importants.
Le film atteint sa plus grande force dans sa conclusion. Le rythme tranquille, sonore, dans lequel se déplacent les montagnards transplantés de leur village, communique le sentiment d'acharnement et de désolation des gens qui marchent, désespérés, écrasés. La mort d'une femme épuisée par la marche contribue à extérioriser le désespoir. Les gens pleurent, hurlent, s'arrachent les cheveux (littéralement !) et alors le doyen (mari de la morte) pour calmer ce désespoir commence une lezghinka.
La lezghinka s'empare du film, dans un tempo rapide, de plus en plus rapide, transformant les différents plans en une fuite ininterrompue. Ceci est, à proprement parler, la fin du film. Il continue encore avec la mélodie lyrique de deux amoureux qui sont séparés.
Le réalisateur a rompu d'une façon peut-être pas toujours habile, mais assez impitoyable avec la façon « photographique » de raconter l'histoire. En cela il a été aidé par le scénario deTretiakov. II y a une question qui se pose : le film aurait-il été affaibli dans sa conception si les portraits dc l'officier ct des cosaques n'avaient pas été si intentionnels, si lc portrait du général avait été réellement historique, présenlé sans ses moustaches énormes, sans épaulettes d'opérette et sans tout son côté Épínal ? Que le réalisateur ait opposé consciemment aux souffrances humaines des montagnards, l'imagerie des oppresseurs est sans importance, car cette opposition, en définitive reste dans la mémoire et, d'une façon inattendue, est convaincante, indépendamment du fait de savoir si oui ou non on peut ainsi fausser l'histoire.
La négligence et l'incapacité qui se manifestent à certains endroits sont effacés par la grande impression que laisse le film.
Cela est dû au fait que le réalisateur connaît son but final. II parle de l'oppression du Caucase. Sa voix est courroucée.
L'héroïsme du Caucase est dans l'humiliation subie, dans les énormes souffrances, dans la colère à peine maîtrisée, dans une force puissante, écrasée et étouffée, mais qui peut, à chaque seconde éclater. Le film raconte cela avec tant de chaleur que sa portée de propagande (au meilleur sens du mot) est évidente.
Cela fait longtemps que Goskinprorn de Géorgie n'a pas montré de tels films. On peut attendre de Chenguelaia, réalisateur dont le talent n'est pas entièrement formé, mais qui possède un vif tempérament, des oeuvres intéressantes.
S. Ermolinski, Pravda. 30. 10. 1928. (cité dans Le Cinéma Russe et Soviétique, Centre G.Pompidou)

Sélections dans les festivals :
- L'URSS des cinéastes à la Cinémathèque française. 1917-1945 : première partie, Paris (France), 2017
- Festival de cinéma de Douarnenez, Douarnenez (France), 2009