Aleksandr DOVJENKO
Александр ДОВЖЕНКО
Aleksandr DOVZHENKO
URSS, 1935, 82mn 
Noir et blanc, fiction
Aerograd
▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪

Аэроград

 

 Airtown

 Aerograd

Autres titres : Air City
 
Réalisation : Aleksandr DOVJENKO (Александр ДОВЖЕНКО)
Scénario : Aleksandr DOVJENKO (Александр ДОВЖЕНКО)
 
Interprétation
Stepan CHAGAIDA (Степан ШАГАЙДА)
Stepan CHKOURAT (Степан ШКУРАТ)
Boris DOBRONRAVOV (Борис ДОБРОНРАВОВ)
L. KAN (Л. КАН)
I. KIM (И. КИМ)
Elena MAKSIMOVA (Елена МАКСИМОВА)
Evguenia MELNIKOVA (Евгения МЕЛЬНИКОВА)
Vladimir OURALSKI (Владимир УРАЛЬСКИЙ)
Sergueï STOLIAROV (Сергей СТОЛЯРОВ)
N. TABOUNASSOV (Н. ТАБУНАСОВ)
G. TSOI (Г. ЦОЙ)
 
Images : Mikhaïl GUINDINE (Михаил ГИНДИН), N. SMIRNOV (Н. СМИРНОВ), Edouard TISSE (Эдуард ТИССЭ)
Décors : Alekseï OUTKINE (Алексей УТКИН)
Musique : Dmitri KABALEVSKI (Дмитрий КАБАЛЕВСКИЙ)
Ingénieur du son : Nikolaï TIMARTSEV (Николай ТИМАРЦЕВ)
Production : Mosfilm, Ukrainfilm
Restauration : Mosfilm (1971)
 

A noter :

Le texte des chansons est de Viktor GOUSSEV (Виктор ГУСЕВ)

DVD avec sous-titres
Editeur : Arkéion Films

Synopsis
Glusak, poursuit dans la taïga deux saboteurs venus de la Mandchourie. Après une longue poursuite, Glusak tue l'un d'eux, un samouraï japonais. L'autre s'enfuit et va être caché par Hudjakov chasseur et ami de Glusak. D'autre part, le koulak Sabanov soulève le village peuplé de vieux croyants contre les bolcheviks venus construire la nouvelle ville d'Aerograd. Glusak revient avec un détachement militaire liquider l'agitation et fusiller Hudjakov. Mille avions amènent dans la taïga les constructeurs de la ville nouvelle.
 

Commentaires et bibliographie
 
"Aeograd (1935) est le chant d'une imagination visionnaire. Dovjenko élève un hymme à une cité radieuse, mais elle est à construire. Ses bâtisseurs viennent, d'un seul saut, du cercle polaire, d'un seul vol, de la Russie d'Europe, d'une seule course, des forêts frontalières de Corée. D'autres sont sur place, vivant au cœur de la taïga sibérienne la terrible dialectique de l'ancien et du nouveau. La liberté poétique qu'il demandait naguère à l'organisation de fragments discontinus, Dovzenko l'obtient ici avec un découpage d'une prodigieuse continuité. L'abstraction du montage, son pouvoir de parler en dehors du temps et de l'espace réels, sont ici coulés dans la continuité des temps et de l'espace réels."
Barthélémy Amengual, Dossiers du Cinéma
N’hésitant pas à s’expatrier à Moscou après la grande famine en Ukraine de 1932-33, Alexandre Dovjenko connaît un double exil l’éloignant à la fois de sa terre natale et de son univers créatif qu’il réimagine en Extrême-Orient, lors d’une longue expédition pour les repérages de son nouveau film, Aérograd. Avec le scénariste Alexandre Fadéiev, qui avait vécu sa jeunesse en Sibérie, il parcourt à l’automne 1933 la taïga, mais des divergences dans la conception même du film les séparent dès leur retour à Moscou. C’est finalement le réalisateur lui-même qui écrit le scénario, très différent du projet primitif. Tout en se prévalant du réalisme socialiste naissant, son scénario penche plutôt vers un romantisme pathétique et hymne à l’avenir radieux. Confronté pour la première fois à un paysage non-ukrainien, il trouve dans l’immensité du site un exutoire poétique, photographié par Edouard Tissé, qui n’altère en rien le style du tandem Dovjenko-Demoutskyi. Dans des conditions climatiques souvent très hostiles, il lance un défi au temps, à l’espace et à l’action. Plaidoyer héroïque et lyrique sur le patriotisme soviétique par sa forme, film de défense par son contenu, Aérograd demeure une synthèse de l’imaginaire et du visionnaire. Mais c’est aussi une mystification chère à l’âme slave qui abolit la notion du temps, recule les limites de l’espace et active la complexité des digressions philosophiques pour ne servir que le support idéologique et politique, la défense de la patrie contre l’infiltration d’espions insaisissables. Partant du projet de la construction de nouvelles villes qui serviront de base de défense aérienne sur la côte Pacifique, afin de parer à une éventuelle invasion japonaise de la Sibérie orientale, Aérograd reste invisible dans le film parce que futur objectif militaire dont l’emplacement est suggéré au cours d’une conversation avec Staline par Dovjenko lui-même : « Nous devons créer une ville au bord de l’océan, un second Vladivostok… Aérograd n’est pas une fiction d’artiste, mais la réalité de notre temps. Et si la ville n’existe pas encore, ce n’est pas bien grave. » Cité utopique, Aérograd reste un prétexte. Un jeune Tchouktche, courant 80 soleils pour y venir étudier, ne se sent nullement rebuté par son inaccessibilité. Si Aérograd n’existe pas encore, il le bâtira. Et si ce film d’anticipation s’inscrit dans la production de films appelés films de défense, aux avant-postes d’un cinéma de plus en plus martial, alimenté par des bandes vulgarisatrices traitant de la préparation militaire, il est d’abord un film sur la taïga et sur les hommes de la taïga. Humaniste, Dovjenko s’attarde sur la communauté des vieux-croyants, vieux-ritualistes schismatiques, réfractaires à la réforme de 1653. Pourchassés, vivant au fin fond de la taïga, ils sont utilisés par les Japonais en vue de leurs propres buts de conquête. Comme dans tous ses films précédents, le réalisateur traite le thème de la mort se fondant dans la magnificence du décor naturel. Lorsque le traître affronte sa propre exécution, c’est à la mort tragique d’André de Taras Boulba que pense le réalisateur. Dovjenko, qui depuis Zvenyhora a la fâcheuse manie d’hypertrophier les happy-end de ses films par des défilés militaires, n’échappe pas, une fois de plus, à cet exercice bolchevisant : parachutistes, aviateurs, marins, convergent par centaines vers Aérograd. Ceci conforte sa servile soumission dans la terreur stalinienne, lorsqu’il affirme qu’il se considère comme un combattant, un militaire dans les troupes du Parti. Proposé comme plat de résistance au Premier Festival kolkhozien de Kiev à l’automne 1935, âprement discuté et divisant les spécialistes, Aérograd ne tardera pas à quitter l’écran. Ayant trouvé asile à Moscou puis envoyé en Sibérie pour voir de quel bois il devait se chauffer, Dovjenko sera interpellé par Staline lors de la remise du Prix Lénine pour sa contribution à l’évolution de la cinématographie soviétique : « Il a encore une dette. Il nous doit un Tchapaiev ukrainien ». Le réalisateur retournera donc à Kiev pour tourner Chtchors dans un studio spécialement construit à cet effet. Son exil devenait-il alors un véritable asile plutôt qu’une double résidence pour cinéaste en mal de soutien ou en mal d’avenir ? À vrai dire, le cinéaste avait tout simplement une colossale aptitude à s’orienter dans les événements politiques et de passer à travers les purges et les confrontations directes avec le maître du Kremlin.
Lubomir Hosejko

Sélections dans les festivals :
- L'URSS des cinéastes à la Cinémathèque française. 1917-1945 : première partie, Paris (France), 2017
- Festival ''Est-Ouest'', Die (France), 2010
- Festival international de cinéma : Méridiens du Pacifique, Vladivostok (Russie), 2009
- Festival international du film de Moscou, Moscou (Russie), 2008
- Europalia Russia 2005, Bruxelles (Belgique), 2005

Images et vidéos
 






film avec sous-titres anglais