Sergueï YOUTKEVITCH
Сергей ЮТКЕВИЧ
Sergey YUTKEVICH
URSS / Pologne, 1966, 99mn 
Noir et blanc, fiction
Lénine en Pologne
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Ленин в Польше

 

 Lenin in Poland

 Lenin v Polshe

 
Réalisation : Sergueï YOUTKEVITCH (Сергей ЮТКЕВИЧ)
Scénario : Evgueni GABRILOVITCH (Евгений ГАБРИЛОВИЧ), Sergueï YOUTKEVITCH (Сергей ЮТКЕВИЧ)
 
Interprétation
Edmound FETTING (Эдмунд ФЕТТИНГ)
Ilona KOUSMERSKA (Илона КУСЬМЕРСКА)
Anna LISSIANSKAIA (Анна ЛИСЯНСКАЯ)
Antonina PAVLYTCHEVA (Антонина ПАВЛЫЧЕВА)
Andreï_2 PETROV (Андрей_2 ПЕТРОВ)
Maksim STRAUCH (Максим ШТРАУХ) ...Lénine
 
Images : Yan LIASKOVSKI (Ян ЛЯСКОВСКИЙ)
Décors : Yan GRANDYS (Ян ГРАНДЫС)
Musique : Adam VALATCHINSKI (Адам ВАЛАЧИНСКИЙ)
Ingénieur du son : Youzef BARTCHAK (Юзеф БАРТЧАК)
Production : Mosfilm, TK Studio (Pologne)
Date de sortie en Russie : 21/04/1966
 

Prix et récompenses :
Meilleure réalisation Festival de Cannes, Cannes (France), 1966
Prix du meilleur film historico-révolutionnaire, au Festival de l'Union Soviétique, 1966

Synopsis
Lénine se rémémore la période de sa vie pendant laquelle il vécut en Pologne à la fin de 1913 et en 1914 jusqu'au début de la guerre. Il y est arrêté et emprisonné. Mais, ni en prison ni après sa sortie de prison, Lénine ne relâche sa lutte contre le massacre de la guerre impérialiste. Il appelle les travailleurs de tous les pays à tourner leurs armes contre leurs ennemis de classe, pour qui la guerre n’est qu’une source de profit. A sa sortie de prison il gagne la Suisse.
 

Commentaires et bibliographie
 
Youtkevitch, connu pour sa liberté créatrice qui lui valut en Union soviétique le refus par les autorités de deux de ses films, Chveïk s’en va-t-en guerre et Lumière sur la Russie, n’en fut pas moins un fidèle défenseur de l’idéal socialiste de son pays. La création artistique ne se séparait pas pour lui de l’engagement politique.
Evoquant les débuts enthousiastes de sa carrière de cinéaste, avec Kozintsev, Eisenstein, et les membres de la FEKS, il rappelle les expériences artistique multiples et souvent éphémères, auxquelles les jeunes artistes se sont livrés dans leur volonté de créer « cet art nouveau » dont il reconnaît qu’il « s’égarait souvent ». Mais il affirme : « Il me semble pourtant qu’il recelait la force de notre conviction : un nouveau contenu révolutionnaire exige impérieusement des formes nouvelles, tout aussi révolutionnaires » (Le Cinéma soviétique par ceux qui l’ont fait, Editeurs français réunis, 1966).
En 1965, l’année du tournage de Lénine en Pologne, Youtkevitch réaffirmait ses convictions d’artiste engagé. A la revue Cinéma 65, qui lui demandait, de donner son opinion sur le cinéma français des dix dernières années, il répondait :
« (…) L’art cinématographique français, comme n’importe quel autre, avait de la force et influençait l’évolution de l’art cinématographique mondial chaque fois- et uniquement alors- lorsqu’il reflétait les espoirs et les déconvenues, les aspirations et les déceptions, les rêves et les méditations de son pays ; lorsque, d’une façon ou d’une autre, les grands principes démocratiques, si chèrement acquis par le peuple français, trouvaient un reflet dans ses films. Je sais à quel point on n’aime pas chez vous l’intrusion de ce que l’on nomme « la politique » au sein de ce qu’on appelle « l’art pur » et combien conformiste, désuète et schématique est déclarée toute tentative de juger l’évolution d’un art en général et du cinéma en particulier à partir des positions autres que l’esthétique « pure ».
Je comprends bien que cela est inhérent à une société vivant selon les lois du capitalisme. Mais permettez-moi de ne pas être d’accord avec ces lois et d’essayer d’entrevoir la dialectique vivante de l’évolution des événements, cette dialectique, du haut de laquelle l’histoire déterminera qui et pourquoi s’est trouvé de l’autre côté de la barricade et l’œuvre de qui reflète réellement tous les processus modifiant la vie de la société française au cours des dix dernières années.
Jugez vous-mêmes si je puis être du côté de ceux, dont Reverdy disait encore avant la guerre :
La révolte débitée avec parcimonie,
La paresse de vivre et le temps d’oublier,
La soif atténuée au comble du malheur,
Quelques éclats brisés,
Quelques mots mal forgés…
« Temps d’oublier » -paroles, lourdes de sens, du poète… Et ce n’est point par hasard, me semble-t-il, si le « problème de la mémoire » préoccupe tant aujourd’hui les meilleurs cinéastes français. A lui, à ce problème se relient les films les plus marquants des dernières années. Alain Resnais et Henri Colpi l’abordent carrément de front. Mais le thème reste présent dans les films d’autres réalisateurs. Thème inéluctable, car ce problème n’est pas un problème métaphysique : on n’échappe pas au choix ; on ne peut vivre et créer dignement qu’en se souvenant de ce dont il faut se souvenir, en n’oubliant pas ce que l’on ne doit pas oublier.
Voilà pourquoi Un condamné à mort s’est échappé de Robert Bresson, L’Enclos d’Armand Gatti, Nuit et brouillard , Hiroshima mon amour et Muriel d’Alain Resnais, Une si longue absence de Henri Colpi, Cuba, si ! et Joli mai de Chris Marker, La Belle vie de Roberto Enrico, Cléo de cinq à sept d’Agnès Varda, tout cela est pour moi, (et pas pour moi seul, je pense) œuvre de créateurs qui n’ont pas oublié leur responsabilité envers la culture de leur peuple, de leur pays. Pour moi, ces films, quelque différents qu’ils soient, quelles que soient les idées politiques de leurs auteurs, sont le présent et l’avenir de la société française (…) »

Sélections dans les festivals :
- Festival de films russes : Spoutnik au dessus de la Pologne, Varsovie (Pologne), 2009
- Festival international du film de Moscou, Moscou (Russie), 2008
- Festival de Cannes, Cannes (France), 1966