David ABACHIDZE
Давид АБАШИДЗЕ
David ABASHIDZE
Sergueï PARADJANOV
Сергей ПАРАДЖАНОВ
Sergey PARAJANOV
URSS, 1984, 88mn 
Couleur, fiction
La Légende de la forteresse de Souram
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Легенда о Сурамской крепости

 

 Legenda o Suramskoy kreposti

 Legenda o Suramskoy kreposti

 
Réalisation : David ABACHIDZE (Давид АБАШИДЗЕ), Sergueï PARADJANOV (Сергей ПАРАДЖАНОВ)
Scénario : Vaja GUIGACHVILI (Важа ГИГАШВИЛИ)
 
Interprétation
David ABACHIDZE (Давид АБАШИДЗЕ) ...Le marchand géorgien, le montreur de marionnettes
Leïla ALIBEGACHVILI (Лейла АЛИБЕГАШВИЛИ) ...Première devineresse
Vériko ANDJAPARIDZE (Верико АНДЖАПАРИДЗЕ) ...Premier oracle
Zourab KIPCHIDZE (Зураб КИПШИДЗЕ) ...Dourmichian Kipchidze
Levan OUTCHANEICHVILI (Леван УЧАНЕЙШВИЛИ) ...Zourab, fils de Dourmichian
Sofiko TCHIAOURELI (Софико ЧИАУРЕЛИ) ...Varo, deuxième devineresse
Doudoukhana TSERODZE (Дудухана ЦЕРОДЗЕ)
 
Images : Youri KLIMENKO (Юрий КЛИМЕНКО)
Décors : Aleksandr DJANCHIEV (Александр ДЖАНШИЕВ)
Musique : Djansoug KAKHIDZE (Джансуг КАХИДЗЕ)
Ingénieur du son : Garri KOUNTSEV (Гарри КУНЦЕВ)
Production : Grouzia-Films
Distribution en France : Films sans frontières
 
Sites : Page Allociné, page IMDb
Sortie VOD ou DVD en France : 2008-11-26, Site

DVD avec sous-titres
Editeur : Ruscico
Editeur : Films sans frontières. 2008. Titre : La Légende de la forteresse de Souram
Editeur : Editions Montparnasse. 2013. Titre : Paradjnov. Coffret

Synopsis
Pour protéger leur ville contre l’envahisseur, les Géorgiens, dans les temps les plus anciens, entreprennent l’édification d’une forteresse. Mais elle s’effondre au moment où on veut en construire le toit. Doumichkhan, qui vient d'être affranchi, quitte son pays pour aller faire fortune et promet à sa fiancée qu'il reviendra. Il rencontre un riche marchand géorgien, Osman Agha, qui a renoncé à sa foi pour se convertir à l'Islam. Le marchand adopte Doumichkhan et lui procure la fortune. Doumichkhan, oubliant ses promeses, se marie, et a un fils, Zourab. Devenu adolescent Zourab rêve d'une Géorgie invincible. Il va consulter une devineresse, qui est en fait l’ancienne fiancée de son père. Elle lui annonce que seul le sacrifice de sa vie peut rendre la construction de la forteresse possible.
Le film est divisé en dix-sept parties : La route de Suram. Caravansérail. Confession. La voie du destin. Goulancharo. Prière. La devineresse. Le cornemuseur railleur. Rémission des péchés. Le pasteur et le second baptême. Repentir. Le rêve et le pressentiment de la mort. Le début de l'amour. Le tsar et la fête. Ainsi Zourab a-t-il vu l'invasion des ennemis. La succession des époques. Le péché répété
 

Commentaires et bibliographie
La Légende de la forteresse de Souram de Sergeï Paradjanov, Olivier BITOUN, dvdclassik.com, 2013
La Légende de la forteresse de Souram de Serguei Paradjanov, Ciné-club de Caen, 2013
 
Sergueï Paradjanov a voulu souligner l’actualité du sujet, apparemment archaïque, de son film : il insiste sur la beauté de l’héroïsme de l’adolescent, qu’il présente comme digne d’être imité. Ce film est un film sur la nécessaire fidélité de l’homme à ses origines et à ses engagements. Seul, David Abachidze, co-réalisateur et acteur du film, est un comédien professionnel. Le film fut tourné en 29 jours, en toute liberté, selon Paradjanov lui-même qui avait passé pourtant plusieurs années en prison à cause de ses conceptions artistiques jugées peu orthodoxes.

Extraits d'une interview de Paradjanov à propos du film (publiée par Patrick Cazals, Sergueï Paradjanov, Cahiers du cinéma, 1993)
(...)
Le sujet principal est l'héroïsme. Dans le récit, le jeune Zourab se sacrifie en tentant de soutenir les murs de la forteresse. Tout cela se passe comme prévu, avec l'autorisation d'une femme vengeresse, ancienne amante du père de Zourab. Nous nous sommes éloignés de cette interprétation en faisant de la victime un jeune homme qui ferait cela pour purifier l'infidélité de son père et ainsi se dévouer à son peuple afin de devancer l'invasion de l'ennemi. De cette façon, le film a trouvé un souffle moral et patriotique en s'acceptant en tant que langage oriental d'auto sacrifice. L'héroïsme mythique s'inspire de lui-même. Bien des siècles plus tard, ces héros se transformeront en symboles éternels...
Nous avons essayé, dans La Forteresse de Suram de donner un sens philosophique à l'héroïsme et non pas de filmer la réalité des faits. L'époque, les éléments qui ont été étudiés, fondés sur des fresques historiques ou simplement inventés par moi, la plastique du film, l'image naturelle, nous conduisent vers l'archaïsme. Cette image naturelle concrète n'est pas fonction de l'époque et du lieu, elle est reproduite philosophiquement. L'héroïsme n'est pas rétrograde, mais tangible avec la manifestation des faits et des sources morales. Notre problème était de rendre le spectateur, particulièrement l'adolescent, témoin d'une œuvre de qualité, digne d'être imitée. (...) Il n'est pas possible d'en étudier brièvement le système émotif, chromatique, plastique et rythmique. L'ensemble prend forme lorsque la succession des plans se transforme en un tout. II semble que je ne décris pas la nature des héros de mes films. Ils sont pour moi les composantes d'un immense autel. Cependant, c'est en comparant les éléments de cet autel que j'arrive à concevoir le héros principal. Le choix se porte sur celui qui incarne le mieux, dans le cas présent, le caractère sublime et éternel de l'Orient raffiné. Il y a beaucoup d'enfantillage chez mon héros, et il n'a sans doute pas mûri comme un militaire. Il joue avec les grillons, adore la fille qui l'aime...
C'est un petit héros, un peu puéril, qui fait preuve de cette vaillance. Pouvais-je le laisser seul dans la scène d'auto-sacrifice ? J'emmène près de lui un joueur de parkapzouk (instrument de musique traditionnel au Caucase, genre de cornemuse) qui lui racontait des contes et des histoires dans son enfance. Cet homme qui, ayant suivi le destin du héros depuis son enfance, apporte les symboles très connus tel que sainte Nina, la reine Tamar, le Prométhée géorgien Amirani. Dans ce contexte, la victime a la possibilité de se retirer du monde des vivants, du milieu où elle a grandi et où elle n'a pas perdu ses croyances et ses implusions spirituelles. Le joueur de parkapzouk le bénit pour son héroïsme. Le héros, dépouillé de ses vêtements, coiffe le casque et revêt la cuirasse du fabuliste. Devant ses yeux se réalise le rêve de son enfance : devenir un héros. Il tente en communion avec les armes et les instruments de combat qui lui étaient familiers depuis son adolescence. Qui d'autre pouvait être présent à cette émouvante scène nocturne ?
Le héros renonce à la vie en présence du tailleur de pierre somnolent, du professeur-joueur de parkapzouk et des chevaux muets, dans la paix de la nuit. Il se fige dans les murs de La Forteresse de Surami. Un requiem, voix du peuple en deuil, s'élève, et se transforme en chant de victoire. Un autre adolescent, rappelant Zourab la victime, annonce du haut d'une tour : « La forteresse est construite, elle est debout », et les hommes retournent à leur vie quotidienne paisible, dans leur champ, à leur vigne et au labour. C'est ainsi que l'héroïsme prend son sens dans la vie.
(...) Une des caractéristiques les plus frappantes du film est que plus on le regarde, plus il développe et ouvre ses multiples entrelacs. L'épisode que vous avez entrevu [la transformation de l'enfant en agneau NDLR] reproduit le trouble d'Osman Agha. Il rêve de retourner dans sa patrie afin d'y purger sa peine. Dans cette scène, qu'en fait j'aime beaucoup, il accepte les responsabilités d'être parrain dans un mariage. Il se saoule de vin noir et voit en songe la Vierge Marie qui lui donne le droit de se signer dans sa basilique chrétienne bien qu'il soit musulman. La Vierge Marie demande qu'on emmène un enfant mâle et qu'on le lui donne. Tout le monde s'interroge en se demandant à qui appartient l'enfant. Osman Agha annonce qu'il est à lui. Soudain, il se rend compte que ce qu'il a entre les mains n'est pas son enfant mais un agneau, symbole de la foi chrétienne...

Sélections dans les festivals :
- Festival International du Film d'Odessa, Odessa (Ukraine), 2013
- Festival international du film de Sao Paulo (Mostra), Sao Paulo (Brésil), 2011
- Festival international du film de Berlin : Berlinale, Berlin (Allemagne), 2010
- Une semaine de cinéma caucasien à l'Action Christine, Paris (France), 2010
- Les rencontres culturelles Russenko, Le Kremlin-Bicêtre (France), 2010
- Festival du film d'Europe Centrale et Orientale , Wiesbaden (Allemagne), 2008
- Sortie VOD ou DVD en France du film :, Différentes villes (France), 2008
- Festival international du film de Berlin : Berlinale, Berlin (Allemagne), 1987

Images et vidéos