Mikhaïl BELIKOV
Михаил БЕЛИКОВ
Mikhail BELIKOV
URSS / USA, 1990, 102mn 
Couleur, fiction
La Désintégration
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Распад

 

 Collapse / Decay

 Paspad

 
Réalisation : Mikhaïl BELIKOV (Михаил БЕЛИКОВ)
Scénario : Mikhaïl BELIKOV (Михаил БЕЛИКОВ), Oleg PRIKHODKO (Олег ПРИХОДЬКО)
 
Interprétation
Sergueï CHAKOUROV (Сергей ШАКУРОВ) ...Jouravlov
Tatiana KOTCHEMASSOVA (Татьяна КОЧЕМАСОВА) ...femme de Jouravlov
Alekseï GORBOUNOV (Алексей ГОРБУНОВ) ...Chourik
Stanislav STANKEVITCH (Станислав СТАНКЕВИЧ) ...père de Jouravlov
Gueorgui DROZD (Георгий ДРОЗД)
Marina MOGUILEVSKAIA (Марина МОГИЛЕВСКАЯ)
Alekseï SEREBRIAKOV (Алексей СЕРЕБРЯКОВ)
 
Images : Aleksandr CHIGAEV (Александр ШИГАЕВ), Vassili TROUCHKOVSKI (Василий ТРУШКОВСКИЙ)
Décors : Inna BYTCHENKOVA (Инна БЫЧЕНКОВА), Vassili ZAROUBA (Василий ЗАРУБА)
Musique : Igor STETSIOUK (Игорь СТЕЦЮК)
Production : Studio Dovjenko, PETER O. ALMOND PRODUCTIONS, PACIFIC FILM FUND
 

Prix et récompenses :
Médaille d'or du Président du Sénat italien Festival international du film de Venise / Mostra Internazionale d'Arte Cinematografica, Venise (Italie), 1990

Synopsis
Le film a été réalisé sur la base de documents témoignant des événements survenus à la centrale atomique de Tchernobyl en avril 1986.
Journaliste carriériste sans scrupules, Alexandre Jouravlov est à la recherche du scoop qui lui permette de décrocher le poste de rédacteur en chef. Il décide de planter le drapeau rouge sur le toit du quatrième bloc de la centrale nucléaire de Tchernobyl, jonché de débris hautement radioactifs. Pour accomplir cet acte de folie héroïque, il offre son épouse à Chouryk, un jeune communiste en vue, en échange du laissez-passer indispensable pour entrer dans la zone interdite.
 

Commentaires et bibliographie
Cinéma soviétique : tchernobyl au cinéma : la sombre prémonition, Henry WELSH, Ciné-Bulles, vol. 9, n° 4, 1990, p. 4-7., 1990
 
Première grande fiction consacrée relativement tôt à la catastrophe nucléaire de Tchornobyl, La Désintégration de Mykhaïlo Biélikov s’inscrit dans la liste des films qui jettent un regard impitoyable sur l’actualité. Le titre du film parle de lui-même. Au-delà des radiations, le film traite de la désintégration de toute une société et d'un système qui bientôt s’effondrera. Par un curieux raccourci de l’Histoire, deux mois avant l’explosion d’un des réacteurs de la Centrale de Tchornobyl sortait Lettres d’un homme mort du cinéaste russe Constantin Lopouchanski, un film-avertissement de science-fiction politique qui racontait la vie sous terre après une catastrophe nucléaire, due à l’erreur d’un ordinateur. À Kiev, jouant la transparence de la perestroïka, on pense très vite à un scénario proposé par l’écrivain Volodymyr Yavorivskyi, Marie de Tchornobyl, puis on fait venir de Moscou les deux plus grands scénaristes de la stagnation, Edouard Volodarski et Valentin Tchernykh auxquels se joignent Youriï Chtcherbak et Mykhaïlo Biélikov. Mais c’est le scénario d’Oleg Prykhodko qui est définitivement choisi. Bien que réalisé dans l’esprit et avec la méthode habituels – alchimie de fiction, chronique et reportage -, le film n’est ni un film-catastrophe, ni une enquête sociométrique sur la fracture politique et humaine qui va s’opérer dans la population tout entière, mais une révélation cathartique tranchant dans le vif, au-delà de la douleur, du temporel.

Le drame personnel et familial que vit le couple en train de se désintégrer est entrecoupé d’épisodes authentiques épars autour de la cité-dortoir de Prypiat. Espérant retrouver sa mère, un enfant revient en courant dans la ville vidée de sa population. De jeunes mariés passent leur lune de miel dans la zone dosimétrée par des hommes portant des combinaisons intégrales et des masques. Prostré, un médecin constate l’ampleur du désastre. À l’aéroport de Kiev, des pontes du Parti viennent accompagner leur progéniture dans des limousines noires. Aux vues d’ensemble aériennes et aux scènes de panique dans les gares succèdent des contrechamps métaphoriques, propres au cinéma des années soixante : œufs peints radioactifs, office liturgique pascal à l’heure de l’apocalypse, cigogne morte trouvée par la jeune mariée après la nuit de noces. Le réalisateur met l’accent sur les petits mensonges que le couple raconte au vieux père, faisant l’écho à la langue de bois des officiels qui s’obstinent à nier la gravité du moment et contraignent la télévision à diffuser imperturbablement une course cycliste et les préparatifs du défilé du Premier Mai.

Pour ce film de commande sociale, le Derjkino octroie un million de roubles (six cents mille dollars de l’époque) que Biélikov restitue grâce à un emprunt auprès d’un organisme caritatif et à un partenariat avec l’étranger. Le réalisateur, lui-même président de l’Union des cinéastes d’Ukraine, prend contact avec Peter Almond de San Francisco qui prospecte à Kiev en vue de futures coproductions. Impressionné par le projet de son interlocuteur, Peter Almond prend en charge avec Suzanne O’Connel du Pacific Film Fund les coûts de la post-production en invitant Biélikov et son équipe aux USA. La Désintégration devient le premier exemple de joint-venture américano-ukrainien dans le secteur cinématographique : le mixage est réalisé au George Lucas’ Skywalker Ranch, à Marin Country, et les tirages des copies à San Francisco. Les droits d’exploitation sont répartis entre Biélikov et les Américains qui se réservent la part du lion – la distribution internationale. Le 16 juillet 1990, la souveraineté étatique de l’Ukraine est proclamée. En septembre, au Festival de Venise, Biélikov reçoit la Médaille d’Or du Président du Sénat italien, mais son film n’est pas sélectionné pour le Festival d’Odessa, contrôlé par la nouvelle Association du cinéma indépendant et envahi par des films de plus en plus noirs.

Lubomir Hosejko

Sélections dans les festivals :
- Ukraine : un cinéma en quête d'indépendance au Forum des images, Paris (France), 2014
- Festival international du film de Venise / Mostra Internazionale d'Arte Cinematografica, Venise (Italie), 1990

Images et vidéos