Ivan PRAVOV
Иван ПРАВОВ
Ivan PRAVOV
Olga PREOBRAJENSKAIA
Ольга ПРЕОБРАЖЕНСКАЯ
Olga PREOBRAZHENSKAIA
URSS, 1929, 76mn 
Noir et blanc, muet, fiction
La Dernière Attraction
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Последний аттракцион

 

 The Last Attraction

 Posledniy attraktsion

Autres titres : Агитфургон
 
Réalisation : Ivan PRAVOV (Иван ПРАВОВ), Olga PREOBRAJENSKAIA (Ольга ПРЕОБРАЖЕНСКАЯ)
Scénario : Viktor CHKLOVSKI (Виктор ШКЛОВСКИЙ)
D'après un récit de Marietta Chaguinian
 
Interprétation
Raïssa POUJNAIA (Раиса ПУЖНАЯ) ...Macha
Aleksandr SACHINE (Александр САШИН) ...Serge
Naoum ROGOJINE (Наум РОГОЖИН) ...Klim
Elena MAKSIMOVA (Елена МАКСИМОВА) ...Polly
Ivan BYKOV (Иван БЫКОВ) ...Kourapov
Leonid YOURENEV (Леонид ЮРЕНЕВ) ...le colosse
 
Images : Alekseï SOLODKOV (Алексей СОЛОДКОВ), Anatoli SOLODKOV (Анатолий СОЛОДКОВ)
Décors : Alekseï OUTKINE (Алексей УТКИН)
Production : Mosfilm
Date de sortie en Russie : 09/09/1929
 
Site : IMDb

Synopsis
« La vieille Russie » a sombré dans le carnage de la guerre. A sa suite, la révolution embrase le pays. Sur une route du Caucase bordant le fleuve Kouban encore torrent, la roulotte d’un pauvre cirque chemine. La troupe ne comporte que cinq membres : Klim « Vislogouby » (le Lippu), le clown-directeur, sa femme la danseuse Polly, le colosse Vanitchka et les jeunes funambules Serge et Macha. Ils arrivent dans une petite ville où le Lycée Marie de Jeunes filles est devenu le QG de la 3ème brigade de Volontaires, des supplétifs de l’Armée Rouge. Kourapov, responsable de la propagande, ne sait comment convaincre les Cosaques du coin de changer de camp. Une représentation du cirque (droit d’entrée contre farine, sucre ou œufs) dans le Jardin municipal l’inspire. Il réquisitionne le cirque, recouvre la roulotte de dessins et slogans bolcheviques, rebaptise la troupe « Arlequin rouge » et embarque les artistes plutôt rétifs, sauf Macha, dans une tournée des stanitsa (village cosaque) avec spectacle agit-prop – le capital allié à la bourgeoisie mondiale est défait par l’Ouvrier et la Paysanne incarnant la Russie nouvelle - et distribution de tracts. Surgit un détachement cosaque blanc mené par un officier borgne et cruel. Arrestation des artistes et perquisition de la roulotte. Jaloux depuis le début de l’ascendant de Kourapov sur Macha, Sacha a la tentation de le dénoncer mais renonce. Entretemps Kourapov est démasqué comme commissaire politique et passé par les armes. A la demande des Cosaques, Klim et les autres, désormais sympathisants de la cause bolchevique, sont obligés de jouer pour les distraire, juchés sur un blindé en guise de scène, avec Macha, déguisée en Russie éternelle. Alertée par Serge qui a pu s’enfuir, la cavalerie rouge déferle et anéantit les Blancs. Kourapov est solennellement enterré. Le cirque va reprendre ses pérégrinations. Macha décide de rester pour lutter avec les Rouges et invite Serge à la rejoindre, ce qu’il fait.
 

Commentaires et bibliographie
The Socialist Avant-Garde at the 33rd Moscow International Film Festival, Julie DRASKOCZY, kinokultura.com, 2011
 
Ce film, le 4e film soviétique d’Olga Préobrajenskaïa (dont la carrière cinématographique débute en 1913 comme actrice puis co-réalisatrice avec Gardine), oublié de tous les commentateurs et historiens du cinéma soviétique des années 1920 (hormis Bryher qui ne fait que le mentionner sans avoir pu encore le voir dans Film Problems of Soviet Russia, 1929) jusqu’à nos jours, est co-réalisé avec Ivan Pravov comme l’avaient été Les Bonnes Femmes de Kazan (Le Village du péché, 1927), succès international, La Ville lumineuse (1928), et comme le seront ses films suivants jusqu’en 1941 où s’achève sa carrière de réalisatrice (dont un Don Paisible et un Stenka Razine). On ne sait pratiquement rien de Pravov il est donc difficile d’évaluer la part qu’il a prise dans la filmographie de Préobrajanskaïa. Mais on doit relever – comme dans Les Bonnes Femmes de Kazan – une attention soutenue dans ce film à la question féminine, au statut de la femme dans un groupe et une fidélité de la réalisatrice à ses actrices (Elena Maksimova comme Raïssa Poujnaïa). Ici Macha, convoitée par tous les hommes de la troupe, doit se défendre des gestes « déplacés » du directeur du cirque comme des insistances pleurnichardes de son partenaire et elle doit lutter contre un officier blanc qui tente de la violer. Seul l’activiste bolchévik la respecte, tout à son apostolat révolutionnaire – ce qui séduit, en retour, Macha. L’autre femme de la troupe, Polli, est également la proie des appétits masculins cosaques (« Je viendrai te voir plus tard, beauté ! »). L’intérêt de ce film de 1929, postérieur à la Conférence du Parti sur le cinéma qui procède à une « remise en ordre » idéologique, est de revenir à la guerre civile sur le plan historique (où les clivages politiques sont marqués : rouges et blancs) et à une formule narrative qu’avait stimulée le mot d’ordre de Nicolas Boukharine sur « Les Pinkertons rouges » (Zrelichtcha, 1922). Or Marietta Chaguignan qui signe, en 1923, du pseudonyme de Jim Dollar son Mess Mend, des Yankees à Pétrograd (qu’adaptent Barnet et Ozep pour la Mejrabpom en 1926), avait écrit, dans cette perspective du « film d’aventure rouge », la nouvelle qui est à la source du film, Agitwagon, la même année. C’est le formaliste et membre du LEF, Viktor Chklovski, scénariste et co-scénariste prolifique, qui signe l’adaptation (laquelle sera publiée sous le titre Agitfourgon). Par ailleurs cette évocation d’un balagan, un cirque ambulant, fait retour sur les formes d’attraction qui ont inspiré jusqu’au fameux « montage d’attractions » (au théâtre et au cinéma) d’Eisenstein. On n’adopte pas ici la structure narrative du roman, a fortiori psychologique (qui aura les faveurs du réalisme socialiste ultérieurement), mais celle de situations révélatrices des positions respectives des personnages qui sont aussi des « rôles » ce que le choix des acteurs soutient (Naoum Rogojine, le clown grimaçant et sinistre à souhait, L. Iourenev, le colosse au grand cœur, Ivan Bykov, le militant inflexible, Alexandre Sachine, le funambule sentimental, la ronde et grande gueule Maksimova, la farouche Raïssa Poujnaïa). La référence au cirque est, dans ce film, organique, il ne s’agit pas d’un milieu quelconque, les enjeux idéologiques du film en passent par ce type de spectacle dans l’expression même. A la faveur de cette confrontation entre le spectacle censément neutre politiquement (« Nous sommes des artistes indifférents à la Révolution » se défend le directeur de la troupe quand les Blancs l’interrogent) et la propagande que l’activiste bolchévik veut développer par ce biais, on voit s’opposer et se recomposer plusieurs attitudes parmi les personnages en cause. L’activiste constate l’inefficacité sur les masses de ses discours trop abstraits, veut instrumentaliser le cirque, mais comprend qu’il faut prendre en compte l’art théâtral lui-même (élaboration d’un sketch démonstratif contre le capitalisme) comme pictural (décoration de la roulotte à la manière des « Fenêtre Rosta ») et, inversement, les artistes comprennent qu’ils doivent prendre position dans le conflit qui les traverse comme dans le Voyage des Comédiens (1975) de Théo Angelopoulos. Ce type de structure narrative et démonstrative se distingue ainsi nettement de la formule que dénonçait précisément Viktor Chklovski où l’on distribue les différentes positions au sein d’une famille ou d’un groupe comme dans un nuancier qui ne connaît pas de transformations.
François Albera

Sélections dans les festivals :
- Fondation Jérôme Seydoux-Pathé : Cycle "Attractions. Cinéma forain, magie et cirque", Paris (France), 2020
- Festival international du film de Moscou, Moscou (Russie), 2011

Images et vidéos