Marc DONSKOI
Марк ДОНСКОЙ
Mark DONSKOY
URSS, 1938, 101mn 
Noir et blanc, fiction
L'Enfance de Gorki
▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪

Детство Горького

 

 The Childhood of Maxim Gorky

 Detstvo Gorkovo

 
Réalisation : Marc DONSKOI (Марк ДОНСКОЙ)
Scénario : Ilia GROUZDEV (Илья ГРУЗДЕВ)
 
Interprétation
Elizaveta ALEKSEEVA (Елизавета АЛЕКСЕЕВА) ...Varvara
Alekseï LIARSKI (Алексей ЛЯРСКИЙ) ...Alecha Pechkov
Varvara MASSALITINOVA (Варвара МАССАЛИТИНОВА) ...Akoulina Ivanovna, la grand-mère
Vassili NOVIKOV (Василий НОВИКОВ)
Daniil SAGAL (Даниил САГАЛ) ...Gouri Pletnev
Mikhaïl TROIANOVSKI (Михаил ТРОЯНОВСКИЙ) ...Kachirine, le grand-père
 
Images : Piotr ERMOLOV (Пётр ЕРМОЛОВ)
Décors : Ivan STEPANOV (Иван СТЕПАНОВ)
Musique : Lev SCHWARTZ (Лев ШВАРЦ)
Ingénieur du son : Nikolaï OZORNOV (Николай ОЗОРНОВ)
Restauration : 1977 (Studio Gorki)
Date de sortie en Russie : 16/06/1938
 

A noter :
Le film fait partie de la trilogie :
L’Enfance de Gorki (Детство Горького) (1938)
En gagnant mon pain (В людях) (1938/39)
Mes Universités (Мои университеты)

DVD avec sous-titres
Editeur : Image Entertainment
Editeur : Ruscico.
Sous-titres : RU EN FR ES IT DE PT

Synopsis
Fin des années 1870. A la gare de Nijni-Novgorod, le grand-père Kachirine accueille avec toute sa famille sa fille Varvara et son petit-fils Aliocha. La vie familiale reprend son cours. Aliocha est émerveillé par les contes que raconte la grand-mère, Akoulina Ivanovna. Mais un jour, Aliocha jette une nappe dans un bain de teinture. Son grand-père le punit très sévèrement. L’enfant tombe malade : Kachirine va le voir et lui raconte sa triste vie. Depuis ce jour, l’humeur d’Aliocha est devenue farouche. Puis, le grand-père rompt avec ses fils et s’installe dans un autre quartier. Aliocha commence à gagner son pain avec une bande d’enfants livrés à eux-mêmes, en ramassant des guenilles dans les décharges.
 

Commentaires et bibliographie
 
"Certes, le livre est simplifié : le scénariste a élagué, contracté ; mais cette adaptation reste assez simple et d’une absolue fidélité. L’esprit du livre subsiste totalement. Et même son style : sa structure en mosaïque (suite de tableaux), la lenteur de l’action, le manque de netteté des transitions ; mais aussi et surtout l’art savant des descriptions de personnages.
Le style direct, documentaire, exprimant avec naturel la vérité permanente et la réalité mouvante de la vie – et le style allusif, évocatoire, qui exprime avec subtilité les sentiments les plus fins, ces deux aspects de l’écrivain Gorki, merveilleusement unis, se retrouvent dans le film. Le corps du récit, descriptif et narratif, s’unit à l’âme lyrique d’un surhomme. Grouzdev et Donskoï ont réussi une prodigieuse résurrection. L’Enfance de Gorki, Parmi les hommes (En gagnant mon pain) et Mes Universités constituent la parfaite reconstitution de la trilogie autobiographique de Maxime Gorki.
Mark Donskoï est un réaliste parce qu’il se place au cœur de son personnage. Ici, son personnage, c’est Gorki. Il fait son film en deux temps :
1° il reconstitue le plus fidèlement possible le cadre et les personnages, les attitudes et les situations du roman ; il fait renaître l’authentique ;
2° il observe, comme l’Alekseï du roman et du film, comme Gorki, cette réalité, cette vie « manufacturées », enregistrant le corps, puis cherchant l’esprit derrière le décor, l’âme derrière le corps, substituant à son regard une caméra ni plus ni moins agile que ce regard même…Si des effets cinématographiques naissent, c’est par le fait d’une impeccable logique du récit visuel et sonore. On notera d’éloquentes alternances de plans, des contrepoints entre le son et l’image, etc. Mais jamais rien de gratuit."
Armand Johannès, La Revue du Cinéma, décembre 1946

"En un sens Mark Donskoï est peut-être le plus russe des grands cinéastes soviétiques, le plus profondément enraciné dans le terroir, le plus proche de Pouchkine et de Tolstoï. Il appartient à la génération qui a cessé d’exalter l’homme nouveau et de graver en images tumultueuses l’épopée moderne. Même quand il parle de guerre ou de révolution, Donskoï reste l’homme de l’intériorité : ce qui compte pour lui, c’est la vie quotidienne du petit village, ses hommes et ses femmes soumis aux humbles tâches, la découverte des valeurs morales à travers leur aspect en apparence le plus terne et le plus ingrat. (…) Le sens religieux de la vie qui anime le Slave se fait sentir chez Donskoï aussi bien par le rattachement de la destinée humaine à un ciel, à une terre, à un fleuve que par l’appartenance amoureusement assurée à une communauté souffrante. Si c’est le style qui fait l’âme du film, rien n’est moins matérialiste que l’âme de ce cinéaste. (…)
Au-delà du petit Pechkov, de sa grand-mère, de Vania l’artisan aux mains d’or, ce que nous discernons, ce n’est pas seulement l’image de la Russie pleine de tendresse, mais l’incarnation des forces vives de la nature qui font germer chaque printemps et s’opposent aux forces de destruction que sont l’inculture, la misère et l’égoïsme. Ici, l’intégration souple et harmonieuse du paysage dans l’action donne la pleine mesure de ce regard quasi musical : le ciel, la campagne, le fleuve, ne sont pas un décor, mais le rappel des éléments de fraîcheur et de fécondité qui l’emporteront toujours sur les virus de dissolution. Ainsi toute la trilogie de Donskoï, tout comme La Mère ou Au prix de sa vie, atteint au mythe vrai et au poème lyrique. Elle ne peut être bien saisie, comme tout le reste de son œuvre, que dans ses perspectives poétiques. La cadence même de L’Enfance de Gorki, et de La Mère, le retour de certaines images, le tempo grave et recueilli, la qualité de la lumière, l’importance du leitmotiv musical de Schwartz apparentent le regard de Donkoï à celui de Flaherty et font de ce film une sorte de rêverie de la mémoire sur le temps et sur le monde. (…)° Il apparaît bien (…) qu’en ce qu’il a de plus profond, c’est un contemplateur, un des rares vrais poètes, de l’histoire du cinéma, attentif au secret d’un moment, d’un lieu, d’une rencontre."
Henri Agel, Les grands cinéastes, Editions Universitaires, 1959.

Sélections dans les festivals :
- L'URSS des cinéastes à la Cinémathèque française. 1917-1945 : deuxième partie, Paris (France), 2017
- Festival de cinéma russe au cinéma Le Méliès à Montreuil, Montreuil (France), 2009
- Rétrospective de cinéma russe au Reflet Médicis, Paris (France), 2009
- Europalia Russia 2005, Bruxelles (Belgique), 2005
- Cycle de cinéma russe à l'Arlequin, Paris (France), 2005
- Festival Univerciné Russe de Nantes, Nantes (France), 2002