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Les titres et noms en gras renvoient à des fiches plus complètes
Réalisateur,
Scénariste,
Producteur
 
Né en 1952, URSS
 
 

Karen CHAKHNAZAROV

Карен Георгиевич ШАХНАЗАРОВ
Karen SHAKHNAZAROV

Extrait de la filmographie
 
Réalisateur
2017 - Anna Karénine. L'histoire de Vronski (Анна Каренина. История Вронского) [fiction, long métrage]
2012 - Le Tigre blanc (Белый тигр) [fiction, 104 mn]
2012 - L'Encerclement (В окружении) [fiction, 15 mn]
2012 - L'Amour en URSS (Любовь в СССР) [fiction, 89 mn]
2009 - Salle N°6 - Tchékhov (Палата №6) [fiction, 83 mn]
2008 - L'Empire disparu (Исчезнувшая империя) [fiction, 105 mn]
2004 - Le Cavalier de la mort (Всадник по имени Смерть) [fiction, 103 mn]
2001 - Poisons ou l’histoire universelle des empoisonnements (Яды или Всемирная история отравлений) [fiction, 106 mn]
1998 - Le Jour de la pleine lune (День полнолуния) [fiction, 93 mn]
1995 - La Fille américaine (Американская дочь) [fiction, 98 mn]
1993 - Rêves (Сны) [fiction, 78 mn]
1991 - L'Assassin du tsar (Цареубийца) [fiction, 104 mn]
1988 - La Ville zéro (Город зеро) [fiction, 103 mn]
1986 - Le Garçon de courses (Курьер) [fiction, 88 mn]
1985 - Par un soir d'hiver à Gagra (Зимний вечер в Гаграх) [fiction, 88 mn]
1983 - Nous sommes du jazz (Мы из джаза) [fiction, 88 mn]
1979 - Les Bonnes gens (Добряки) [fiction, 82 mn]
1975 - En avant, Maestro (Шире шаг, Маэстро) [fiction, 22 mn]
 
Scénariste
2017 - Anna Karénine. L'histoire de Vronski (Анна Каренина. История Вронского) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, long métrage]
2015 - Sur la route de Berlin (Дорога на Берлин) de Sergueï POPOV (2) [fiction, 82 mn]
2012 - Le Tigre blanc (Белый тигр) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 104 mn]
2012 - L'Encerclement (В окружении) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 15 mn]
2009 - Salle N°6 - Tchékhov (Палата №6) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 83 mn]
2004 - Le Cavalier de la mort (Всадник по имени Смерть) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 103 mn]
2001 - Poisons ou l’histoire universelle des empoisonnements (Яды или Всемирная история отравлений) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 106 mn]
1998 - Le Jour de la pleine lune (День полнолуния) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 93 mn]
1995 - La Fille américaine (Американская дочь) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 98 mn]
1993 - Rêves (Сны) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 78 mn]
1991 - L'Assassin du tsar (Цареубийца) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 104 mn]
1988 - La Ville zéro (Город зеро) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 103 mn]
1985 - Par un soir d'hiver à Gagra (Зимний вечер в Гаграх) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 88 mn]
1983 - Nous sommes du jazz (Мы из джаза) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 88 mn]
1975 - En avant, Maestro (Шире шаг, Маэстро) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 22 mn]
 
Producteur
2018 - Prise de décision (Решение о ликвидации) de Alexandre ARAVINE [fiction, 96 mn]
2017 - Anna Karénine. L'histoire de Vronski (Анна Каренина. История Вронского) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, long métrage]
2016 - A louer maison avec tout l'inconfort (Сдается дом со всеми неудобствами) de Vera STOROJEVA [fiction, 90 mn]
2015 - Sur la route de Berlin (Дорога на Берлин) de Sergueï POPOV (2) [fiction, 82 mn]
2013 - Nous sommes du Jazz - 2 (Мы из джаза-2) de Kirill PAPAKOUL / PANAKA [fiction]
2013 - Blousons de cuir (Косухи) de Sebastien ALARKON [fiction]
2012 - Le Tigre blanc (Белый тигр) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 104 mn]
2012 - L'Amour en URSS (Любовь в СССР) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 89 mn]
2004 - Le Cavalier de la mort (Всадник по имени Смерть) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 103 mn]
2002 - L'Etoile (Звезда) de Nikolaï LEBEDEV [fiction, 97 mn]
2001 - Poisons ou l’histoire universelle des empoisonnements (Яды или Всемирная история отравлений) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 106 mn]
1998 - Qui, sinon nous (Кто, если не мы) de Valeri PRIOMYKHOV [fiction, 92 mn]
1993 - Rêves (Сны) de Karen CHAKHNAZAROV [fiction, 78 mn]
1993 - Les Enfants des dieux de fonte (Дети чугунных богов) de Tamás TOTH [fiction, 78 mn]
1992 - Roi blanc, Dame rouge (Белый король, Красная королева) de Sergueï BODROV [fiction, 90 mn]

Auteur :

Prix et récompenses :
Boris Polevoy Literary Award Winner for the novella Courier (1982)
Lenin Komsomol Prize Winner for developing the musical comedy genre in the movies Jazzmen (Mi iz dzhaza) and A Winter Night in Gagra (Zimniy vecher v Gagrakh) (1986)
Honoured Worker of Arts of the Russian Federation (1997)
Vassilyev Brothers State Prize Winner of the Russian SFSR for producing the feature film Courier (1988)
People’s Artist of the Russian Federation (2002)
The Russian Federation State Prize Winner for having produced the movie Star (Zvezda, 2003).
Anna Karénine. L'histoire de Vronski :
Prix du public, Festival de films russes Kinorama au cinéma Royal de Biarritz, Biarritz (France), 2019
Meilleure série télévisée, Prix de l'Aigle d'or, Moscou (Russie), 2018
Meilleure musique, Prix de la Guilde des historiens et critiques de cinéma, Moscou (Russie), 2017
Le Tigre blanc :
Meilleur film de fiction, Prix de l'Aigle d'or, Moscou (Russie), 2013
Grand prix, Festival "Le Printemps Russe en Tunisie". Les Journées du cinéma russe en Tunisie, Tunis / Sousse / Hammamet (Tunisie), 2013
Meilleur scénario, Festival "Le Printemps Russe en Tunisie". Les Journées du cinéma russe en Tunisie, Tunis / Sousse / Hammamet (Tunisie), 2013
Salle N°6 - Tchékhov :
Meilleure réalisation, Prix de l'Aigle d'or, Moscou (Russie), 2010
Grand prix, Festival ''Cinéma et littérature'', Gatchina (Russie), 2010
L'Empire disparu :
Meilleure réalisation, Prix de l'Aigle d'or, Moscou (Russie), 2009
Le Jour de la pleine lune :
Meilleur scénario, Prix "NIKA", Moscou (Russie), 1998
La Fille américaine :
Prix spécial du jury au Festival de Shanghai, 1995
Le Jour de la pleine lune :
Prix spécial et prix de la Critique internationale (FIPRESCI) au festival de Karlovy-Vary, 1998
Prix Nika du meilleur scénario, 1999
Le Garçon de courses :
Prix spécial au Festival de Moscou, 1987
Meilleur film de l’année selon un sondage du journal Sovietski ecran
31 millions de spectateurs en 1987 (6ème place)
Nous sommes du jazz :
Best film, « Sovietski ekran », 1983
L'Assassin du tsar :
Prix Nika des meilleurs costumes, 1991
Poisons ou l’histoire universelle des empoisonnements :
Grand prix au Festival de Sotchi, 2001
La Ville zéro :
Chicago, 1989
Valladolid, 1989

Biographie
Karen Chakhnazarov est né le 8 juillet 1952 à Krasnodar. En 1975 il est diplômé de l’Institut national de cinéma (VGIK) où il a été élève de I. Talankine. Karen Chakhnazarov est à la fois réalisateur, écrivain (auteur de nouvelles: Les jeunes dirigeables , Le Courrier, scénariste (Les dames invitent leurs cavaliers etc...)
Il a reçu le prix "Leninski Komsomol" en 1986 pour sa participation au développement de la comédie musicale.
Depuis 1997, il est artiste émérite de Russie et est décoré en 2008 pour sa contribution au développement artistique et culturel du pays. Depuis 1998, il est Président Directeur général de Mosfilm.
 

Commentaires et bibliographie
- White tiger [A propos du DVD du film de Karen Chakhnazarov] Ferdinand SOCIAL, 2013, ecranlarge.com/
- L’Ancien et le nouveau. De quelques éléments générateurs d’absurde dans Ville zéro de Karen Chakhnazarov , Fabien ROTHEY, 2012, fabienrothey.hautetfort.com
- La Salle n°6 - Tchekhov , Pierre MURAT, 2010, telerama.fr
- Salle n° 6 - Tchekhov : l'internement d'un directeur d'asile , Jean-luc DOUIN, 2010, lemonde.fr
- Tchekhov jusqu'à la folie [A propos du film Salle N°6] Marie-Noëlle TRANCHANT, 2010, lefigaro.fr
- L’année de la crise : un regard sur le cinéma russe 2008-2009 , Elena KVASSOVA-DUFFORT, 2009, kinoglaz.fr
 
"A travers certains scénarios ancrés dans l'histoire passée, il brosse un tableau kaleïdoscopique de la société russe de cette fin du XXème siècle dont l'apparent réalisme dérape parfois vers l'insolite voire le surréel"
Jean-Loup Passek, Dictionnaire du cinéma, Larousse.

"Chez lui, la comédie n'est jamais un produit banalement voué au divertissement : elle est toujours le support d'un constat social ou le moyen d'exploration d'un univers fantasmatique.La constante démonstration d'une intervention personnelle dans la conception de ses films autorise à le considérer indiscutablement comme un auteur : il est co-scénariste de tous, en collaboration avec Alexandre Borodianski. Au cours de ses vingt dernières années d'activité créatrice, il a été le témoin du passage de la Stagnation à la Perestroïka, et ses films rendent bien compte de cette période de bouleversements structurels et idéologiques. Il a de toute évidence apporté au cinéma russe un enrichissement thématique plutôt qu'une révolution stylistique : loin des recherches dramaturgiques et plastiques de certains de ses collègues et contemporains (Sokourov, Lopouchanski, Kanevski), il s'est avant tout voulu un témoin de son temps, comme Abdrachitov, Lounguine, Bodrov ou Pitchoul. Dans le tumultueux épanouissement du cinéma russe consécutif à la révolution gorbatchevienne, il tient une place sans doute modeste mais résolument originale" Marcel Martin, extrait d'un article écrit à l'occasion du festival de la Rochelle-2000.


Parce que nous sommes indépendants

de Karen Chakhnazarov, réalisateur, Directeur général des studios Mosfilm

Interview réalisée par Elena Kvassova-Duffort et Jacques Simon pour Kinoglaz le 25 novembre 2005 à Honfleur pendant le festival du cinéma russe
Nous remercions vivement le festival d'Honfleur et notamment Mme Françoise Schnerb, Mme Sophie Massalovitch et Mme Anastasia Kovtun-Suleimanova de nous avoir aidés à organiser cette interview.

Monsieur Chakhnazarov, vous soutenez le Festival du cinéma russe à Honfleur depuis déjà quelques années. Ce festival est très important pour les Français, car il leur donne la possibilité de connaître le cinéma russe contemporain. Voulez-vous bien nous dire en quoi ce festival qui se déroule en France est important pour les Russes.
Parce que c’est un événement considérable. Aujourd’hui le cinéma russe est peu connu à l’étranger, il a peu de possibilités d’être montré sur les écrans étrangers. Et c’est peut-être l’événement le plus éminent de la vie culturelle du cinéma russe à l’étranger parce qu’au moins il nous permet de montrer des films
La France est un pays très important sur le plan culturel et les cinéastes russes ont, grâce à Honfleur, au moins une possibilité de présenter leurs films sur le marché français et même européen. C’est pourquoi je considère que ce festival est un événement très important de la vie culturelle russe.

Avez-vous ici la possibilité de rencontrer des producteurs ou distributeurs français ? Les jeunes réalisateurs peuvent-ils nouer de nouveaux contacts ?
Bien sûr. La presse vient et donne des informations. Les producteurs viennent. Il y a donc un progrès dans cette direction. Et c’est important. C’est pourquoi Mosfilm fait beaucoup pour ce festival, donne des copies. Nous offrons aussi la possibilité d’élargir la palette des films présentés. Ainsi cette année, on a pu montrer : Ivan le Terrible, La Ballade du soldat, une rétrospective de films de Gaïdaï.

C’est vous qui avez conseillé ces comédies ?
Oui, en effet. Parce que Gaïdaï est tout à fait inconnu en Europe et de façon générale, on n’a jamais associé le genre comique au cinéma russe. C’est pourquoi nous avons proposé de montrer ces films.

Comment est résolu le problème du financement ?
Nous avons pris à notre charge, la préparation des copies, des sous-titres, le paiement du séjour de la délégation de Mosfilm, nous payons tout cela nous-mêmes.

Ces copies vous les remportez avec vous ?
Oui

Et si d’autres villes françaises voulaient montrer ces films ?
Pas de problème. Nous sommes prêts.

Avec les sous-titres français ?
Bien sûr. Nous n’avons pas que ces films, nous avons quelques dizaines de films avec des sous-titres français. De plus, si c’est nécessaire, nous ferons des sous-titres. Nous sommes, à ce sujet, très ouverts à une collaboration et s’il y a quelque proposition, adressez-vous à nous. Nous organisons des semaines de Mosfilm dans le monde entier, dans des pays très divers, en Chine nos films ont été montrés pendant deux mois, au Chili, en Allemagne. En Syrie, en Egypte. Il nous faut promouvoir nos films.

Dans le même ordre d’idée, nous voudrions vous interroger sur la création d’une cinémathèque de Mosfilm à Paris.
C’est l’un des points de nos accords avec l’UNESCO : organiser une cinémathèque de cinéma russe. Nous fournirons l’équipement et ferons le choix des DVD de films, bien entendu avec des sous-titres en différentes langues. De notre côté nous sommes déjà prêts, il ne reste qu’à livrer.

Et comment cela fonctionnera-t-il d’un point de vue pratique ? On pourra aller là-bas et regarder des films ?
Je pense que oui, c’est en principe, ce que nous avons prévu. C’est bien entendu à l’UNESCO d’organiser tout cela. L’idée est que le public, en particulier la presse française, les spécialistes, les organisations culturelles s’y rendent et regardent des films russes. C’est pour cela que nous avons conçu ce projet.

Et dans quels délais, approximativement, ce projet doit-il être mis en place ?
Nous devions déjà tout livrer il y a un mois, même les camions étaient commandés. Mais il n’y a pas encore de locaux. Pour parler juste, la balle est dans leur camp, de notre côté tout est prêt. Qu’ils nous préviennent et dans une semaine tout sera à Paris.

Le projet est très important pour nous. Nous voulons regarder en France des films russes.
Pour nous ce n’est pas un problème. Si vous trouvez un endroit où on peut montrer des films, nous pouvons en envoyer. Trouvez où. Nous sommes favorables à ce genre de choses, nous comprenons qu’il est important de montrer des films russes, qu’il est important de promouvoir le cinéma russe. Mosfilm est très souple dans ce sens, très réactif. Donnez nous un centre culturel qui veut montrer nos films, nous vous les fournirons.

Passons aux problèmes internes à la Russie. Il y a quelques années vous avez proposé d’introduire des quotas dans la distribution de films dans les salles, pour que, disait-on, au moins 20% des films montrés soient russes. Qu’en pensez-vous aujourd’hui ?
En ce qui me concerne, je n’ai pas changé d’avis. Je pense qu’il nous faut des quotas. Bien entendu, on doit considérer que le cinéma russe connaît visiblement des succès, surtout si on le compare à ce qu’il était au milieu des années 90. Le cinéma se redresse. La télévision s’est mise à y investir de l’argent. Bien que, comme c’est toujours le cas en Russie, ces succès sont très surestimés. On a parfois l’impression que c’est tout juste si nous n’occupons pas la première place dans le monde pour le cinéma. Nous en sommes loin, et sur le plan de la qualité et sur celui de la quantité et selon les autres paramètres. Je dois vous dire qu’il ne faut surtout pas croire les chiffres donnés par le box-office russe. Je vous parle en tant qu’homme qui est à l'intérieur du système. Tout est fortement exagéré. C’est pourquoi, quand vous entendez parler de dizaines de millions, il faut très fortement diminuer la somme.
On peut dire que le cinéma russe a commencé d’une certaine façon à participer à la distribution, mais le contrôle total d’Hollywood sur la distribution du cinéma en Russie reste évident. Je pense que certains distributeurs aujourd’hui sont intéressés à soutenir un ou deux films russes, justement pour s’opposer à l’introduction de quotas. C’est à dire qu’ils nous disent « vous voyez bien, vous faîtes des films qui peuvent avoir du succès sans qu’il y ait besoin de quotas » mais c’est une ruse. C’est tout simplement qu’ils sont contre l’introduction de toute restriction.
C’est pourquoi je considère que, malgré tout, les quotas sont nécessaires, j’ai toujours parlé d’un pourcentage faible de 15 à 20 pour cent.

La deuxième question très sérieuse, concerne le piratage. Aujourd’hui le marché des DVD est plus important que celui de la distribution. Chez nous le piratage est presque total. S’il pouvait être surmonté, alors de nouvelles perspectives s’ouvriraient au cinéma russe. Mais il ne faut rien surestimer. Bien que, je le répète, en comparaison de ce qui était … Dans les années 90 le cinéma était pratiquement détruit.
Et sans fausse modestie, à Mosfilm nous avons atteint un niveau de très haute technologie. Moi qui ai travaillé dans le cinéma soviétique, je peux dire avec certitude, qu’à l’époque soviétique nous avions atteint un niveau artistique exceptionnel, que le cinéma russe d’aujourd’hui n’a pas encore atteint. Mais sur le plan technologique, nous avons aujourd’hui tout ce dont, à l’époque soviétique, on pouvait seulement rêver. Sur ce plan nous n’avons personne à envier dans le monde, mais c’est une autre affaire que de savoir réaliser des films aussi intéressants et variés que ceux qui ont été alors réalisés. De ce point de vue le cinéma russe ne peut pas encore être comparé au cinéma d’alors, ne serait-ce que pour les réalisateurs. Je dis souvent, c’est simple, quand je suis arrivé à Mosfilm, au milieu des années 70, travaillaient alors à Mosfilm de dix à quinze réalisateurs de classe internationale, Bondartchouk, Tarkovski, Panfilov, Elem Klimov, Chepitko, Khoutsiev, vous pouvez continuer à ma place et de même Riazanov, Gaïdaï. Ce sont tous des réalisateurs de première classe. Venez aujourd’hui à Mosfilm, vous n'en trouverez pas une telle quantité. On peut citer trois ou quatre noms vraiment sérieux.

Et si l’on parle d’un pourcentage obligatoire de films russes dans les salles, trouvera-t-on suffisamment de films pour satisfaire ce pourcentage et remplir les salles ?
C’est pourquoi je dis pas plus de 15 ou 20 pour cent. Je ne parle pas de la moitié. Bien entendu notre production est insuffisante. Et c’est l’une des raisons qui font qu’on doit soutenir la production nationale. La Russie devrait, à mon avis, produire de 200 à 250 films par an. Et pour l’instant elle en produit moins de cent. Et personne ne sait exactement combien, je pense que ce n’est pas cent, c’est moins. Soixante, soixante-dix, quatre-vingts. Parmi eux vingt, vingt-cinq peuvent être distribués. Sur quatre-vingts. C’est pourquoi je dis, faîtes un quota de 15, 20% même de 10%, pourvu que soient présents des films russes.

De quelle façon, à votre avis, l’Etat devrait-il aider la promotion des films ? Et en Russie, et à l’étranger ?
C’est surtout à l’étranger, car c’est là qu’il est encore plus difficile pour le cinéma russe de percer et d’exister. C’est bien clair que dans le monde, on produit beaucoup de films. D’autant plus, je le répète, que l’industrie du cinéma russe d’aujourd’hui n’est pas encore assez puissante.
Bien sûr, il faut promouvoir le cinéma. Dans certains pays, Hollywood ne fait que dépenser de l’argent. Et alors qu’est-ce qu’ils font ? Dans beaucoup de pays, il faut doubler les films. En Amérique Latine, ils les doublent en espagnol. Ils prennent le coût à leur charge. Dans beaucoup de pays il faut faire des sous-titres et les distributeurs locaux ne peuvent pas en supporter le coût. Ce sont donc les Américains qui les font. Par exemple en Bulgarie, ils font des sous-titres en bulgare pour des films qu’ils vendent de 700 à 800 dollars. Qu’est-ce qu’ils gagnent ? Rien. En revanche, ils maîtrisent le marché. Ils agissent très intelligemment et ils investissent de l’argent.
C’est pourquoi je dis qu’il est insensé aujourd’hui de parler d’un quelconque succès commercial du cinéma russe. Allez sur des marchés, apportez des films. Nous avons commencé à Honfleur, je me souviens très bien. Des films y sont arrivés sans sous-titres. J’ai dit, les gars, comment pouvez-vous envoyer des films en France sans sous-titres français. Qu’est-ce que vous attendez ? C’est ridicule. C’est d’ailleurs à l’Etat de faire tout cela ; mais jusqu’à présent il ne le fait pas.
Heureusement pour Honfleur la situation a changé, car le Ministère de la Culture a commencé à faire des copies et à aider pour les sous-titres. Mais la première année j’ai été surpris et l’expression est faible !

Vraisemblablement, il reste le problème de l’image du cinéma russe. En France, son image est celle d’un cinéma difficile.
C’est exact et c’est une des raisons pour lesquelles nous avons voulu montrer ces comédies de Gaïdaï. Il y a du travail à faire. On ne peut conquérir l’Europe en un jour comme l’espèrent certains de nos cinéastes. Ce marché est déjà saturé.

Parlons maintenant de Mosfilm. Depuis votre arrivée au studio, beaucoup de choses ont changé. Quels sont vos nouveaux projets ?
Nous avons plus de 100 projets. Par exemple Le Docteur Jivago par Prochkine, Riazanov fait un grand film, Soloviev fait Anna Karenine, mais il est vrai que pour l’instant il s’est arrêté. Mosfilm ne finance pas tout lui-même. Nous produisons beaucoup de projets que nous ne finançons pas, nous participons par notre infrastructure
Mais il y a des projets que nous finançons nous-mêmes. L’un d’eux est orienté vers les jeunes, vers les enfants, l’autre est sur un thème contemporain et social. Sur la vie d’aujourd’hui.

Le deuxième sera votre film ?
Oui

Et peut-on demander quel en est le thème ?
Non. Pour l’instant je ne dirai rien.

De toutes façons nous le saurons.
D’abord, il faut se lancer et puis après on peut en parler. Il y a toutes sortes de superstitions. Je dois dire, et je vais créer un peu de suspense, que dans une certaine mesure le projet est lié à la France. Toute l’histoire se passe en Russie, mais à l’origine c’était une histoire française qui a été transposée à la société d’aujourd’hui. Je raconterai plus tard. Pour l’instant je vous laisse dans le brouillard.

Nous vous remercions déjà pour ces quelques pistes. Vous avez dit que sur le plan technique, Mosfilm aujourd’hui a atteint le niveau international…
Non seulement nous l’avons atteint, mais aujourd’hui nous avons vraisemblablement dépassé de nombreux studios. En fait, nous avons activement renouvelé et modernisé notre équipement au cours des trois ou quatre dernières années. C’est pourquoi nous avons maintenant, dans tous les domaines, un équipement technique de première classe. Donc sur le plan technologique, non seulement nous avons atteint le niveau mondial, mais pour certains aspects nous sommes meilleurs. Je voyage et observe beaucoup. On nous rend visite aussi et on s’étonne beaucoup de ce qu’on voit chez nous.
C’est important. Moi qui suis réalisateur, je comprends bien que le cinéma est un art, mais le cinéma est aussi une technologie. On peut réaliser des films géniaux, mais s’ils ne sont pas réalisés selon la technologie moderne avec un son correspondant aux standards modernes, on ne pourra pas les montrer. Le cinéma est partiellement un art, c’est aussi une industrie, ce n’est ni de la littérature ni de la peinture.
Mosfilm est une société de production complexe. Le cinéma est devenu très complexe sur le plan technologique. Si autrefois je pouvais en comprendre les principes, aujourd’hui ce n’est plus possible. En fait, je comprends le résultat, mais je ne comprends pas comment ça marche. Le plus important aujourd’hui au cinéma c’est l’ingénieur, et encore, l’ingénieur de haute qualification. Quand je suis venu au cinéma, c’était différent. Autrefois tout était mécanique, maintenant tout est électronique. Autrefois, je me souviens, je faisais du mixage pour mon diplôme, il y avait 8 postes maintenant il y en a 90, plus de cent jusqu’à 140. Imaginez toute l’étendue de la palette des sons. On ne peut déjà plus les faire à la main, ils se programment tous. Autrefois on était assis et on faisait « plus fort, moins fort, plus fort, moins fort ». Personne ne travaille plus ainsi. Ce sont des gars incroyables qui travaillent là-bas, avec des diplômes scientifiques.

Depuis combien de temps vous ne recevez plus d’argent de l’Etat ? L’Etat a complètement arrêté de financer le studio depuis 1991. A cette époque, Mosfilm vivait pratiquement seulement des ressources provenant des anciens films qu’on vendait à la télévision. Mais aujourd’hui seulement 25 à 30% de nos revenus proviennent de la vente d’anciens films à la télévision et 70% proviennent de la production. Et je considère que c’est un bon pourcentage, car quand je suis arrivé, c’était 10% pour la production et 90% pour la vente. C’est à dire que nous vivions alors sur notre ancienne richesse.
Un studio est une usine, il doit vivre grâce à la production, mais nous n’avions rien, pas de matériel, rien.

Mosfilm a mis des locaux à disposition du Musée du cinéma. Comment est arrivée toute cette histoire ? Comment a-t-on pu aboutir à une telle impasse ?
Franchement, je n’ai participé à aucune de ces péripéties et batailles, car je me suis retiré de la vie de l’Union des cinéastes. Mais nous connaissions la situation et nous avons proposé de trouver un local, parce qu’il serait dommage que tout soit détruit. En second lieu, j’ai toujours considéré que Mosfilm, bien qu’il ait une vie très pragmatique et doive gagner de l’argent, car nous sommes une entreprise de production, il doit, selon moi, avoir quelque lien avec le domaine culturel et non commercial. Parce que Mosfilm, c’est plus qu’une simple fabrique. Nous nous efforçons de faire régner à Mosfilm une atmosphère plus artistique, non liée au seul commerce.
Et pour Mosfilm c’est même très bien que nous ayons le Musée du cinéma chez nous.
Mais je ne suis pas concerné par tous leurs démêlés internes. Je suis seulement étonné qu’on puisse ainsi tout rejeter. Tout cela n’est pas très joli. Pas très joli, c’est un euphémisme. Mais la vie aujourd’hui est telle, que cela peut arriver à tout le monde.

Et Mosfilm, pour finir, est apparu comme la seule issue ?
Finalement oui. Mais peut-être justement parce que nous sommes plus indépendants. Nous ne dépendons de personne. Nous ne recevons pas de subventions. Nous allons réserver 1000 mètres carrés de notre surface de production, rien de grave. Ce sera le Musée. Ce sera une composante culturelle importante. C’est souvent plus important que des dividendes directs. En plus nous avons fait des réparations à notre charge. Les représentants de l’Etat sont venus, ont longuement discuté et indiqué qu’il faudrait effectuer des réparations, car le local n’était pas propre à l’activité du Musée. En fin de compte nous avons pris les réparations à notre charge, parce que rien ne bougeait. Pour nous il était plus simple et plus rapide de faire le travail nous-mêmes. Justement parce que nous sommes indépendants, ne recevons pas de subventions, n’avons besoin de rien.

Mais est-ce qu’ils pourront organiser chez vous des expositions et montrer des films ? Tout le monde ne peut pas facilement entrer à Mosfilm ?
Bien sûr c’est un inconvénient. Personne ne le nie. Ce n’est pas la situation qu’on souhaitait. Au Centre du cinéma, c’était mieux, ils avaient des salles. Chez nous, il y a une salle et je l’ai proposée. Mais alors il faut organiser un système de laissez-passer. Nous sommes un site de production, on ne peut pas y vendre des billets avec accès libre. Ce n’est pas facile pour eux. Pour la partie qui concerne leurs bureaux, leurs archives, tout est fait, mais pour ce qui est des projections de films ils auront des difficultés.
Bien sûr le Centre du cinéma était un endroit idéal. D’ailleurs il avait été construit pour cela. Et pour quoi d’autre ? Mais il est devenu un casino et un night-club avec strip-tease. Voilà ce qu’il est devenu. Maintenant, on y mène la vie belle. Mais en fait il n’a pas été construit pour cela.

Et cette solution provisoire, pourrait-elle devenir définitive ?
Elle le pourrait en effet. Nous ne sommes pas contre. Nous sommes pour. Mais pour leur activité il y a certaines contraintes.

Mais pourquoi une meilleure solution n’a-t-elle pas été trouvée ?
Je ne sais pas. A mon avis, il ne fallait pas laisser le Centre du cinéma devenir un casino. Voilà le vrai problème. Le reste en découle. On a construit le Centre du cinéma pour y loger le Musée du cinéma, et finalement on l’a transformé en maison close et casino. A qui la faute ? Vraisemblablement à ceux qui l’ont vendu. Je ne nommerai personne, à vous de chercher, à la presse.



La perte d'identité nationale du cinéma russe est le problème numéro un

par Karen Chakhnazarov, directeur général des studios Mosfilm
en exclusivité pour RIA Novosti à Moscou le 23 novembre 2005
(Nous remercions vivement l'Agence RIA Novosti de nous avoir autorisés à publier cette interview)
"A mon avis, le principal problème du cinéma russe réside dans le fait qu'il a perdu son identité nationale", a estimé Karen Chakhnazarov dans une conférence de presse à Moscou mercredi.
"De nombreux jeunes, comme Fedor Bondartchouk ou Egor Kontchalovski, ont appris à faire de bons films. Ce sont des gars de talent mais dans tout ce qu'ils font, il y a beaucoup de clichés hollywoodiens qui ressurgissent, cela n'est pas à leur avantage".
"Voilà pourquoi le cinéma russe n'est plus présent nulle part. On ne fera mieux (qu'à Hollywood), alors que dans le monde entier ce sont les cinémas nationaux qui sont les plus prisés", a dit Karen Chakhnazarov.
Selon le réalisateur, le cinéma soviétique se distinguait par son originalité. "On s'en souvient comme d'un phénomène unique en son genre. Le cinéma russe n'a pas encore retrouvé sa culture et sa langue", a-t-il noté.
"Il faut mener des recherches dans cette direction. Sur le champ hollywoodien, nous ne remporterons aucune victoire, d'une manière ou d'une autre nous perdrons la bataille, il faut que nous jouions sur notre champ à nous", a-t-il jouté, notant qu'il avait surtout aimé, parmi les films russes récents, "Boumer" de Petr Bouslov, "Le retour" d'Andreï Zviaguintsev et "L'Italien" d'Andreï Kravtchouk.
Dans le même temps, Karen Chakhnazarov a donné un avis positif sur la situation actuelle de l'industrie cinématographique nationale.
"Dans l'ensemble, la situation dans le cinéma national, notamment dans les studios Mosfilm, inspire des espoirs", a-t-il estimé.
"D'une manière générale, cette année n'a pas été mauvaise, nous avons sérieusement augmenté la production", a dit le réalisateur et directeur des Studios Mosfilm. Une centaine de projets y sont réalisés. "Ce sont des films de fiction et des feuilletons télévisés mais, comme cela arrive souvent dans la profession, 70 d'entre eux tout au plus verront le jour".
Lui même travaillera sur deux projets. "Il y a déjà deux scénarios", a-t-il indiqué.
Dans un projet, Karen Chakhnazarov intervient en qualité de producteur : "C'est un scénario destiné à une jeune audience et je pense que ce film sera tourné par un jeune réalisateur".
Quant au second scénario, Karen Chakhnazarov projette d'aborder les tournages début janvier. Il a préféré ne pas dévoiler le secret du futur film : "J'appartiens aux superstitieux. Mais ce sera un film sur la vie moderne", s'est-il contenté de dire
 

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