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Les titres et noms en gras renvoient à des fiches plus complètes
Ilia KHRJANOVSKI
Илья ХРЖАНОВСКИЙ
Ilya KHRZHANOVSKY
 
Russie, 2004, 126 mn 
Couleur, fiction

Quatre

4

▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪ ▪

4 / Четыре

 

 Four

 Chetyre


 
Réalisation : Ilia KHRJANOVSKI (Илья ХРЖАНОВСКИЙ)
Scénario : Ilia KHRJANOVSKI (Илья ХРЖАНОВСКИЙ), Vladimir SOROKINE (Владимир СОРОКИН)
 
Interprétation
Chavkat ABDOUSSALAMOV (Шавкат АБДУСАЛАМОВ)
Sergueï CHNOUROV (Сергей ШНУРОВ)
Alekseï KHVOTCHENKO (Алексей ХВОЧЕНКО)
Youri LAGOUTA (Юрий ЛАГУТА)
Konstantin MOURZENKO (Константин МУРЗЕНКО)
Irina VOVTCHENKO (Ирина ВОВЧЕНКО)
Marina VOVTCHENKO (Марина ВОВЧЕНКО)
Svetlana VOVTCHENKO (Светлана ВОВЧЕНКО)
 
Images : Alexandre ILKHOVSKI (Александр ИЛЬХОВСКИЙ), Alicher KHAMIDKHODJAEV (Алишер ХАМИДХОДЖАЕВ)
Décors : Chavkat ABDOUSSALAMOV (Шавкат АБДУСАЛАМОВ)
Ingénieur du son : Kirill VASSILENKO (Кирилл ВАСИЛЕНКО)
Produit par : Elena YATSURA (Елена ЯЦУРА)
Production : Filmokom (Фильмоком) / Participation du Ministère de la culture et de la communication et de la Fondation Hubert Bals (при участии Министерства культуры и массовых коммуникаций РФ и Hubert Bals Foundation)
 

Prix et récompenses :
Prix spécial du Jury Festival ouvert de cinéma russe Kinotavr, Sotchi (Russie), 2005
Grand prix au Festival de Rotterdam, 2005

Synopsis
Le film raconte des épisodes de la vie à Moscou et à la campagne à la fois réalistes et inimaginables à force d'être absurdes. L'atmosphère est créée dès le début du film par la rencontre dans un bar anonyme de trois personnages qui se racontent des détails intrigants et ordinaires de leur vie. Mais disent-ils la vérité ? On en doute. La jeune femme ne serait-elle pas le résultat d'un clonage. Dans la Russie d'aujourd'hui problèmes sociaux, problèmes politiques, problèmes de société se croisent et pénètrent la vie de tous les jours.
 

Commentaires et bibliographie
 

Commentaire d'Emmanuelle Costet, Festival Aye Aye. Nancy 2006 :

"Une femme et deux hommes… Rencontre fortuite autour d’un comptoir, dans un bar de nuit moscovite désert … Et chacun d’essayer de briller aux yeux des autres… La vérité semblant bien oubliée en route ! On aura, ou on a eu confirmation de cette ‘’mythomanie ’’, grâce à quelques flashes éclairant la vie réelle de ces personnages…

1) Rituels névrotiques, rituels ethniques.
Celui qui se prétend ‘’fournisseur d’eau minérale pour le Kremlin’’ se révèle bien vite louche trafiquant de viande congelée… et néanmoins plus très fraîche, et sa recherche forcenée de pureté, sa hantise des microbes, de la saleté du dehors, semblent un miroir grossissant posé sur une société russe s’engouffrant férocement dans ce que le modèle capitaliste offre de pire… Un repli mortifère sur soi et la hantise de la contamination par l’extérieur, « le pauvre ». La viande congelée, « la barbaque », filmée avec insistance par Ilya Khurzanovsky traverse tout le film par sa présence opaque et répugnante….
D’une manière générale, la nourriture absorbée à l’écran le sera toujours de manière gloutonne et vaguement dégoûtante, comme si, seul objet de Jouissance possible désormais dans ce monde, (ainsi pour les voyageurs du train) elle signalait le risque d’un engloutissement du sujet dans le Réel… un évanouissement des êtres, qui ne parlent plus mais grognent, éructent, s’apostrophent, réduits à une condition bestiale.
A l’encontre de cet « engouffrement dans l’innommé » que chantait Léo Ferré(1), Ilya Khurzanovsky met en scène son strict opposé : la nourriture archi-bouillie, aseptisée, cuisinée par le père du trafiquant. Elle est avalée,cette fois, avec répugnance… N’est-elle pas alors le symbole de tout ce qu’a perdu le sujet moderne, à cause de son horreur de la mort, de son horreur du contact avec l’autre ? Le trafiquant vit dans un univers préservé mais mort, tel Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley(2) : il est lui-même un mort en sursis !

Les « porcs-ballons » qu’il découvrira avec stupeur et incrédulité dans un restaurant chic réservé à l’élite sont, par le spectre du vivant, génétiquement modifié, qu’ils évoquent, une autre facette de la névrose généralisée de notre monde.
La viande, la chair animale, n’est pas sans faire résonner en nous l’idée de notre propre chair. Sa présence récurrente dans le film vient poser la question de la condition humaine : ne serions-nous plus dans cette société-là, que des corps, que de la Viande ? Chair des corps clonés, évoqués dans le récit du musicien… Chair des femmes, achetée, prostituée, dans la scène échangiste entrevue au début… Et enfin chair à canon exposée dans la magnifique scène finale où l’on voit des escadrons entiers d’hommes embarqués dans des avions à destination d’un champ de bataille, proche ou lointain, qui pourrait évoquer la Tchétchénie.

Quant au « festin » qui fait suite à la vieille coutume de tuer le cochon dans le village « originel » de la jeune héroïne, et qui ne semble plus peuplé que par quelques vieilles édentées et ridées comme des pommes… fait-il partie de cette « liste » accablante sur le destin des corps, ou au contraire lui fait-il contrepoint ?
La viande de porc, cette fois, absorbée lors d’un rituel orgiaque, largement arrosé de vodka, et qui est offert par les vieilles femmes aux plus jeunes, donne une image en tout cas plus ambivalente. Si le spectateur occidental contemporain peut confondre cette scène avec les précédentes, et n’en retenir que le choc de la démesure et de l’outrance, il peut accéder aussi à la révélation d’un mystère : celui d’une scène de transmission de rituels archaïques – ce serait le sens de l’exhibition par les vieilles de leurs seins ensuite arrosés de vin - qui viennent célébrer la puissance de la Vie et de la fécondité…
Si on la compare à la traversée solitaire et farouche de l’héroïne dans des espaces urbains désespérants, cette bacchanale où le corps jouissant est malgré tout transcendé par la métaphore des paroles, des chants et de la danse, est une Fête que se donne le peuple contre toutes les tentatives d’oppression !

2) Une vie de chien
La figure du chien parcourt tout le film…
Représente-t-elle, là encore, une facette de la condition humaine ?
« Nous ne sommes pas mieux lotis que ces chiens » semble dire le cinéaste : errants, tour à tour menacés (chien écrasé du début, chiens gémissants, pressentant l’arrivée d’un péril énigmatique) et menaçants (chiens dévorant les têtes des poupées en mie de pain, provoquant l’accident mortel du trafiquant) …
Cette figure du chien peut aussi représenter un recours fétichique contre l’angoisse (ainsi les nombreuses statues kitchs de chiens dans l’appartement du riche marchand, semblant monter la garde comme de dérisoires soldats contre les périls du dehors). Oui, c’est bien de dérision qu’il s’agit, dans cette scène où l’homme-qui-ne-fait-plus-confiance-aux-hommes, ne jurant plus que par le chien, ce « meilleur ami de l’homme », et se retranchant dans sa citadelle aseptisée, finit malgré tout par périr de mort violente…du fait de cet excellent ami…

On peut encore évoquer une figure, que l’œil de la caméra va éclairer pour nous de manière fugace : celle de ce vieux qui soliloque en nettoyant des aquariums. Il ne se vit plus comme une personne, il dit lui-même « ne plus savoir ce qu’il voit dans le miroir »… Conséquence de la misère ? De la vieillesse ? – Mais aujourd’hui la vieillesse n’est-elle pas la Misère suprême ? – Il semble vivre en sous-sol, dans les caves d’une boîte de nuit… Image d’une vie anonyme, et même plus que cela ! Celle d’êtres qui ne peuvent plus s’exprimer au grand jour ? Qui n‘ont plus voix au chapitre ? Déchets d’une société toujours plus oppressive, SELECTIVE, (on revient à la problématique du clonage : être performant en quadruple exemplaire, sinon rien ! ).

3) Les Poupées : objets d’art populaire… ou image d’un peuple réduit à l’état d’objet ?
Et les poupées cousues par les vieilles ?
Dans les confins d’une Russie réelle, archaïque, dévastée et abandonnée, (sorte de no man’s land du bout du monde que l’héroïne mettra un temps fou à rejoindre, dans un voyage initiatique aux sources de son existence – plans magnifiques d’avancées en train puis à pied, interminables et voulus comme tels, dans une terre noire en dégel, sous un ciel gris absolument opaque où les personnages piétinent interminablement dans la boue…- ), le cinéaste nous confronte à ces objets énigmatiques.
Les poupées seraient-elles une métaphore de la création, de l’Art ( faites d’une matière qu’il faut longuement mâcher et recracher ) – au risque, comme la sœur jumelle de l’héroïne, d’en mourir étouffée – avant d’être à leur tour abandonnées, brûlées, comme peut-être le film pour le cinéaste, afin que celui-ci puisse avancer, passer à autre chose ?

A l’image de l’héroïne qui marche dans la boue, ne faut-il pas accepter de piétiner ainsi longuement dans la boue du monde réel, de se confronter à l’enlisement du monde ?... Si l’on veut retrouver ses racines, comprendre d’où l’on vient, ne doit-on pas affronter les pesanteurs et les rituels ancestraux d’abord, pour mieux s’en défaire ensuite, brûler les sortilèges et se mettre à vivre sa propre vie, enfin ?"

(1) Léo Ferré. Album Il n’y a plus rien ; 1973 ; éd. Barclay.
(2) Aldous Huxley. Le meilleur des mondes ; 1932 ; éd. Plon pocket.


Sélections dans les festivals :
- Festival international du film de Rotterdam, Rotterdam (Pays-Bas), 2014
- Festival de cinéma russe ''Premières de Moscou'', Moscou (Russie), 2009
- Journées du cinéma russe à Budapest, Budapest (Hongrie), 2007
- Festival de cinéma russe ''Premières de Moscou'', Moscou (Russie), 2007
- Festival international du film de Zurich, Zurich (Suisse), 2007
- Festival Kinoblick, Stuttgart (Allemagne), 2005
- Festival international du film de La Rochelle, La Rochelle (France), 2005
- Festival international du film de Rotterdam, Rotterdam (Pays-Bas), 2005
- Festival international du film d'Edimbourg, Edimbourg (Royaume Uni), 2005
- Festival international du film de Moscou, Moscou (Russie), 2005
- Festival ouvert de cinéma russe Kinotavr, Sotchi (Russie), 2005
- Festival de cinéma russe ''Une fenêtre sur l'Europe'' , Vyborg (Russie), 2005


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