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Les titres et noms en gras renvoient à des fiches plus complètes
Oles YANTCHOUK
Олесь ЯНЧУК
Oles YANCHUK
 
URSS, 1991, 115 mn 
Couleur, fiction

Famine 33

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Голод 33

 

 Golod 33

 Golod 33


 
Réalisation : Oles YANTCHOUK (Олесь ЯНЧУК)
Scénario : Sergueï DIATCHENKO (Сергей ДЬЯЧЕНКО), Les TANIOUK (Лесь ТАНЮК)
D'après la nouvelle de V. Barka : Jovti kniaz (Желтый князь)
 
Interprétation
Piotr BENIOUK (Пётр БЕНЮК)
Alekseï GORBOUNOV (Алексей ГОРБУНОВ)
Maksim KOVAL (Максим КОВАЛЬ)
Gueorgui MOROZIOUK (Георгий МОРОЗЮК)
Galina SOULIMA (Галина СУЛИМА)
Leonid YANOVSKI (Леонид ЯНОВСКИЙ)
 
Images : Vassili BORODINE (Василий БОРОДИН), Mikhaïl KRETOV (Михаил КРЕТОВ)
Décors : Valeri BOJENKO (Валерий БОЖЕНКО)
Musique : Nikolaï KALANDENOK (Николай КАЛАНДЕНОК), Viktor PATSOUKEVITCH (Виктор ПАЦУКЕВИЧ)
Production : Zelia / Lesbank / Fest-zemlia
 

Prix et récompenses :
Grand Prix au Premier Festival Panukrainien de Kiev, Fest-Zemlia, 1991
Prix Henri Langlois Européen aux Quatrièmes Rencontres Internationales du Cinéma du Patrimoine de Vincennes 2009

Synopsis
Le film évoque les événements de 1932-1933 qui ont conduit à la famine de 1933 en Ukraine.
Embrigadés par le Kremlin pour appliquer une solution brutale face à une paysannerie hostile à la collectivisation, vingt-cinq mille jeunes activistes communistes et repris de justice déferlent sur les terres riches et fertiles de l’Ukraine. Rafles meurtrières, profanation des lieux de culte, réquisition des dernières réserves de nourriture, silos à grain pourrissant gardés, frontières fermées entre la Russie et l’Ukraine, barrages aux abords des grandes villes afin d’empêcher les affamés d’y pénétrer, sans-abri errant et mourrant comme des mouches, anthropophagie, infanticide, servent de toile de fond à la lente agonie d’une famille dont l’unique survivant sera un petit garçon, Andriїko. Andriїko sait où est dissimulé le calice de l’église que son père aurait pu vendre ou restituer aux autorités pour sauver toute sa famille de l’atroce famine. Mais, caché dans un arbre, le calice doit être bu jusqu’à la lie.
 

Commentaires et bibliographie
 
Bien avant sa nomination à la tête de l’Ukrderjkinofond, Youriї Illienko avait invité Olès Yantchouk, auteur d’un court métrage de fin d’études remarqué (Pour la route), à travailler au sein de l’unité de production Zemlia (Studio Alexandre Dovjenko de Kiev) sur le thème de la famine de 1932-33. Le projet était d’autant plus prémédité qu’en 1984 deux cinéastes d’outre-Atlantique d’origine ukrainienne, Slavko Novytskyi et Youriї Louhovyi, avaient produit et réalisé, un documentaire sur le Holodomor (La Moisson du désespoir - Harvest of Despair ) qui fit le tour des chaînes de télévision du monde entier.
Écrit à partir de témoignages recueillis dans les villages parmi les survivants de la famine, le scénario de Lès Taniouk et Serge Diatchenko est cependant très vite dépassé par la nécessité d’en faire une chronique fictionnée montrant le visage de la mort organisée, rationalisée. C’est Lès Taniouk qui conseille au jeune réalisateur de lire le roman Le Prince jaune de Vassyl Barka (Жовтий князь, paru dans sa traduction française chez Gallimard en 1981), écrivain, poète et essayiste ukrainien exilé aux Etats-Unis, témoin oculaire de la violence génocidaire stalinienne. La rencontre entre les scénaristes, l’écrivain et le réalisateur aboutit à un scénario original, Famine 33.
Lancé en 1989, le financement du film est lui aussi singulier puisque monté à partir d’une souscription nationale ou de dons, et non grâce à l’avance sur recettes de l’État soviétique qui ne reconnaît pas le génocide stalinien. Aux quelque 400 000 roubles collectés, un prêt d’un million de roubles est octroyé par la Lisbank de Oujhorod, en Ukraine occidentale. Réalisé dans la région de Poltava où l’on trouve encore des villages intacts datant de la famine de 1932-33, le film est enregistré en noir et blanc, avec quelques tableaux en couleurs, procédé typique du cinéma pictural qui renforce la noirceur du monde et des hommes. Traités en flash-back, les plans en couleurs déroulent les souvenirs joyeux du temps où la famille était heureuse. Sous l’œil d’une caméra exempte de naturalisme excessif ou d’imagerie sulpicienne, quelques scènes choc s’imposent : le charnier de la fosse commune où brûlent les corps des révoltés, exécutés pour avoir mendié un quignon de pain pour leur progéniture ; un jeune homme mangeant de la chair humaine pris de folie ; des moissonneurs ressemblant étrangement avec leur faux à des spectres de la mort, sous la garde de policiers armés. Quelques métaphores coulées et plans expressionnistes rehaussent la qualité esthétique du film, heurté par un montage alternatif parfois décousu, mais gommé par la perfection du jeu des grands acteurs de l’écran ukrainien, Heorhiї Moroziouk (le père), Halyna Soulyma (la mère), Olexiї Horbounov et Petro Beniouk (les activistes communistes).
Pour les critiques et les historiens, Famine 33 entrera dans l’Histoire du cinéma ukrainien comme un film charnière qui oscille entre esthétique facile, empruntée au courant de l’Ecole poétique de Kiev, et la volonté du réalisateur d’en faire une œuvre incontournable. Sélectionné in extremis, le film est montré le 12 novembre 1991 au Premier Festival Panukrainien de Kiev et obtient le Grand Prix. Y assistent les représentants de la Lisbank qui, après l’ovation au jeune débutant, annulent sur le champ la dette et deviennent, par la force des choses, les sponsors majeurs du film. En récompense, le 30 novembre, la veille du référendum sur l’indépendance de l’Ukraine, Famine 33 est programmé à la télévision ukrainienne avec le logo de la Lisbank pour décourager le piratage. Ravivant la conscience nationale chez les spectateurs qui n’ont ni oublié ni pardonné le crime stalinien, la diffusion du film à une heure de grande écoute poussera indubitablement un nombre non négligeable de citoyens indécis à voter pour l’indépendance. Yantchouk révélera plus tard qu’il chercha à rencontrer Lazare Kaganovitch, l’ancien dirigeant communiste qui mit en œuvre le génocide sur l’ordre de Staline. Le dernier jour du tournage, il apprit en rentrant avec son équipe à l’hôtel que Kaganovitch s’était éteint paisiblement le jour même.
Dix-huit ans après sa réalisation, ce film non distribué en Occident obtint le Prix Henri Langlois Européen aux Quatrièmes Rencontres Internationales du cinéma du Patrimoine de Vincennes 2009. Plus qu’un accessit honorifique, ce Prix sera considérée en Ukraine comme une haute distinction. Mais à l’instar du Holodomor, toujours pas reconnu comme génocide par l’ensemble de la communauté internationale, le film de Yantchouk reste quant à lui méconnu du public occidental.
Lubomir Hosejko

Sélections dans les festivals :
- Rencontres internationales du cinéma du patrimoine, Vincennes (France), 2009
- Festival international du film de Moscou, Moscou (Russie), 2007

Images et vidéos
 


 


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