Sergueï PARADJANOV
Сергей ПАРАДЖАНОВ
Sergey PARAJANOV
URSS, 1961, 88mn 
Couleur, fiction
Rhapsodie ukrainienne
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Украинская рапсодия

 

 Ukrainstva rapsodiya

 Ukrainstva rapsodiya

 
Réalisation : Sergueï PARADJANOV (Сергей ПАРАДЖАНОВ)
Scénario : Aleksandr LEVADA (Александр ЛЕВАДА)
 
Interprétation
Stepan CHKOURAT (Степан ШКУРАТ)
Aleksandr GAI (Александр ГАЙ)
Youri GOULIAEV (Юрий ГУЛЯЕВ)
Dmitri KAPKA (Дмитрий КАПКА)
E. KOCHMAN (Э. КОШМАН)
Svetlana KONOVALOVA (Светлана КОНОВАЛОВА)
Natalia OUJVI (Наталия УЖВИЙ)
Olga PETRENKO (Ольга ПЕТРЕНКО)
 
Images : Ivan CHEKKER (Иван ШЕККЕР)
Décors : Mikhaïl RAKOVSKI (Михаил РАКОВСКИЙ)
Musique : Platon MAIBORODA (Платон МАЙБОРОДА)
Ingénieur du son : Nina AVRAMENKO (Нина АВРАМЕНКО), Sofia SERGUIENKO (Софья СЕРГИЕНКО)
Montage : Maria PONOMARENKO (Мария ПОНОМАРЕНКО)
 

Prix et récompenses :
Le teste des chansons est de N. Nagnibed (Н. Нагнибед)

Synopsis
Seconde guerre mondiale. Orksana, une jeune Ukrainienne devient une chanteuse connue. Son succès en Europe ne la fait pourtant pas oublier son bien aimé Anton, resté au pays. La guerre sépare les amoureux. Anton, parti au front, est blessé, fait prisonnier par les Allemands puis par les Américains, mais Orksana est persuadée qu'il est toujours vivant.
 

Commentaires et bibliographie
 
Troisième long métrage de Serge Paradjanov réalisé en Ukraine au Studio Alexandre Dovjenko de Kiev, Rhapsodie ukrainienne a la particularité d’appartenir à la série de films mélodramatiques, très en vogue au début des années soixante, tel Roman et Francesca de Volodymyr Denyssenko, dont l’action se déroule partiellement en Occident. Fortement agrémentées de chansons populaires et d’arias d’opéra, ces œuvres ne prétendent pas véritablement constituer un film musical/film-opéra. Dans le cas du film de Paradjanov, la rhapsodie n’intervient que dans le titre, et non dans sa structure diégétique. Confié au grand compositeur de musique de film Platon Maїboroda, connu pour la fameuse chanson Rouchnytchok dans le film d’Alexandre Michourine Les Jeunes années (1958), l’arrangement musical est quelque peu illustratif et frôle parfois la revue. Paradjanov avouera que dans ce film, ses aspirations et ses inexpériences se heurtèrent violemment: leur coexistence s’avéra inévitablement cocasse et absurde. À l’époque, il ne possédait ni culture ni métier, mais que de bonnes intentions, intentions louables, avec un résultat peu satisfaisant, loin de la subjectivité de ses films postérieurs, dont la mise en scène se dissoudra dans une solution picturale. Sur la fin de sa vie, il évitait que l’on parle de ce film, bien que par certains thèmes il annonçait Les Fresques de Kiev (film de 1966 non terminé et partiellement endommagé), et que l’utilisation de la couleur (Sovcolor), enluminée de collages artisanaux, deviendrait l’élément significatif de sa quête esthétique. En ce sens, Rhapsodie ukrainienne alterne des scènes dominées par des tissus et des couleurs ouatées, et un monde minéral. La dissociation des matières qui symbolisent des mondes semble aussi supposer des voisinages ou des incrustations : ce qui devrait être ensemble mais est réellement séparé dans l’espace, se côtoie pourtant dans l’image. Les scènes sont éclatées et se répondent à travers des sensations et des sentiments liés par la musique, le chant et les chœurs. Mis à part quelques clichés conventionnels sur le patriotisme et les contraintes idéologiques du moment, la place faite à l’art lyrique dans ce film montre combien la musique a son importance dans l’œuvre du cinéaste, notamment dans la scène volontairement étirée d’Oxana devant son miroir où apparaît soudain Anton, réfugié dans une église allemande. Quelques plans laissent entrevoir un cinéaste en pleine mutation : un marché aux puces surréaliste, les ruines d’un théâtre où gisent pêle-mêle décors, toiles et sculptures, un soldat jouant du Beethoven sur un piano à queue. Dans les séquences montrant gauchement un Paris rêvé, Paradjanov arrive, avec peu de moyens à dire l’essentiel sans tomber dans le dépliant touristique par le truchement de l’humour et de la caricature : Paris au son du limonaire, peintres de la place du Tertre, ses clochards, passants africains, policier, midinette, titi parisien lisant ostensiblement L’Humanité (L’Humanitté, avec deux t - sic !). Exagérément présente, la propension paradjanovienne aux flashes-back (retour régulier au leitmotiv des rails et d’Oksana dans le train) est conçue pour dilater le canevas chronologique en évasant le lien entre le passé et le présent. Réalisé dans l’immuable tradition du cinéma soviétique de l’époque, cette chronique d’un amour de guerre se fond principalement sur les antithèses pour souligner le pathétique des situations. Les horreurs de la guerre sont volontairement éludées et remplacées par des objets symboles. Partagée entre le statique et le mouvement, la caméra n’est pas encore celle des Chevaux de feu.
Rhapsodie ukrainienne reste aussi un exercice de style pour le scénario signé Alexandre Levada. Admirablement interprété par Olga Petrenko, doublée pour les chants par Eugénie Mirochnytchenko, le rôle de la cantatrice, qui joue le fil rouge en reliant les séquences, figure comme rôle majeur dans la carrière de l’actrice qui tourna dans une quarantaine de films. Parmi les plus connus : Jeunesse inquiète d’Alexandre Alov et Volodymyr Naoumov, Le Poème pédagogique de Metchyslava Maїevska et Alexandre Masloukov, Une-deux, les soldats marchaient de Léonide Bykov, Mars froidd’Igor Minaiev, La Désintégration de Mykhaïlo Biélikov.
Lubomir Hosejko L'opéra est au coeur de ce film influencé par les mélodrames américains de Douglas Sirk. "La multiplicité des flashes-back (...) rompt avec la chronologie : le passé nous est révélé par bribes, dans le désordre, de telle sorte que les premières apparitions de certains personnages secondaires, comme de certains lieux, conservent tout leur mystère et toute leur puissance". (Joel Magny - Les Cahiers du Cinéma. Décembre 1988).
Lors de l'exposition à la Philarmonie de Paris consacrée aux comédies musicales (octobre 2018-janvier 2019), une section proposait des films du monde entier dont la Russie (sic : pas l'URSS) avec les extraits des films soviétiques suivants : Les Joyeux Garçons, La Nuit de Carnaval, Tcheremouchki, Rhapsodie Ukrainienne (un film ukrainien, donc...) et les Mélodies du quartier de Vera (un film géorgien, notons-le !).

Sélections dans les festivals :
- Festival international du film de Sao Paulo (Mostra), Sao Paulo (Brésil), 2011
- Festival ouvert de cinéma russe Kinotavr, Sotchi (Russie), 2005

Images et vidéos